Mustapha Ourrad le magnifique

C’est une irradiation de douleur qui a traversé tous les amis de Mustapha Ourrad lorsque la funeste nouvelle leur est parvenue.

Mustapha le bon, le paisible, le compréhensif, le tolérant de tous les excès, le silencieux farouche qui pardonne toutes les outrances et qui, humblement, s’évertue chaque jour à réconcilier les humeurs et les éclats de ses amis, est assassiné dans et avec sa famille Charlie Hebdo par deux frères qui auraient pu être les siens mais qui ont choisi de semer la haine et la terreur pour faire taire la parole, l’intelligence et la joyeuse parodie.

Durant son séjour à Alger, Mustapha prenait ses quartiers au bar Le Quatz’arts de la place Audin, bien souvent en compagnie de notre ami commun Lamara-Mohamed Djilali, l’artiste-peintre proche de Kateb Yacine et de Mhamed Issiakhem.
Et tels deux philosophes grecs, ils devisaient sans fin autour d’un verre sur les sujets du jour qu’ils agrémentaient toujours de féroces sarcasmes du genre :

« – Le ministre des Industries légères a inauguré hier une usine de chaussures d’une grande capacité de production.
- Normal, il faut bien chausser le peuple pour le faire marcher. »

Mustapha jonglait comme pas un avec la littérature française et universelle. C’est chez lui que j’ai vu Le Satiricon de Pétrone considéré comme l’un des tout premiers romans européens ; et je dois avouer qu’à l’époque j’ignorais totalement l’existence et de l’auteur et de cette œuvre.

Son amour pour la littérature qu’il se faisait honneur de dispenser autour de lui était un véritable sacerdoce. Il lui arrivait de nous demander ce qu’on voulait lire pour la semaine et une fois les vœux exprimés, il allait simplement prendre les ouvrages dans les librairies et une fois lus, il remettait chaque livre dans le rayon de la librairie où il l’avait « emprunté » comme il aimait dire avec un large sourire.

Mustapha, tes assassins ont perdu et sont perdus pour tout le monde tandis que toi tu es au panthéon de la liberté.

Ton esprit ne disparaitra jamais. Il continuera à vibrer en nous encore et toujours.
Qu’importe le traitement ingrat que ta patrie d’adoption t’a réservé.
Qu’importe puisque la Kabylie t’aime, te chérit et saura te donner la place qui t’est due dans son propre panthéon.

Azugen, le 16 janvier 2015
Azru LOUKAD

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