Pendaison de Saddam

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Avec quatre millièmes de la population mondiale, l’Irak fait davantage parler de lui que le milliard d’Indiens. Malgré deux fleuves pérennes ; le Tigre et l’Euphrate, il n’arrive pas à produire de quoi se nourrir. Malgré les 15 milliards et 500 millions de tonnes de pétrole de son sous-sol (les deuxièmes réserves mondiales) il reste sous développé.

L’Irak avec 26.778.900 habitants en 2005 et un territoire de 438.420 km² (moins grand que La France : 551.500 km², plus grand que l’Allemagne : 357.030 km²).

Après avoir connu la gloire dans l’antiquité sous le roi Nabuchodonosor, ce pays où fut inventée l’écriture il y a de cela 5.000 ans, a rayonné d’un brillant essor à l’époque du califat abbasside à l’apogée de l’empire musulman, avant de sombrer dans une somnolence de 5 siècles en même temps que les autres pays musulmans.

Longtemps soumis à la domination turque, il s’est trouvé quelques années soumis à la couronne britannique avant de recouvrer son indépendance à la fin de la seconde guerre mondiale. Et le début de ses malheurs.

En 1979, un coup d’état porte Saddam Hussein au pouvoir. Il faut rappeler que c’est un moyen courant dans le monde arabe. L’Irak est un gros exportateur de pétrole : 99.200.000 tonnes en 2004. Son président disposait de ressources monétaires suffisantes pour une agriculture prospère, une infrastructure moderne, un habitat décent pour tous, des écoles, des universités, des hôpitaux. Bref, de quoi assurer à son peuple la paix et la prospérité. Au lieu de ce choix, il s’est lancé dans une politique de grande puissance. Il a voulu jouer le rôle de leader du monde arabe après l’effondrement et la mort de Nasser, cet autre dictateur. A la tête du parti Baath, Saddam a rêvé de construire un monde arabe unifié depuis le Golfe persique jusqu’à l’Atlantique. A cet effet, il s’est doté d’une armée qui fut appelée, avec dérision, la quatrième du monde.

Selon certaines sources, entre 1980 et 1990, Saddam aurait acheté pour 14 milliards de dollars d’armement. Au lieu d’ingénieurs de diverses spécialités, il a préféré faire former des pilotes de chasse et des officiers. Puis il a voulu se doter de l’arme atomique en faisant appel à des spécialistes occidentaux. On sait ce qu’il en est advenu : le site en question a été détruit par l’aviation israélienne.

Saddam a commis des crimes contre son propre peuple. A Halabja, il a fait périr des centaines de civils, hommes femmes et enfants avec des bombardements aux gaz asphyxiants. De nos jours, il relèverait du Tribunal pénal international, la meilleure trouvaille de ces dernières années.

Il a fait à l’Iran une guerre entre musulmans qui a coûté la vie à un million de personnes. Je me souviens de cet horrible détail : les Iraniens poussaient en première ligne des adolescents portant, au cou, une chaînette garnie d’une clef censée leur ouvrir les portes du paradis en cas de mort au djihad. Jusqu’où la bêtise peut aller.

Ensuite Saddam s’est autorisé à envahir le Koweït. Alors, les grandes puissances lui ont dit halte-là ! Tu n’as pas le droit de jouer dans la cour des grands. Ce fut la première guerre du Golfe en janvier 1990. L’inévitable défaite. L’embargo. La politique pétrole contre nourriture. Saddam n’avait pas procuré à son peuple l’autonomie alimentaire.

Je me suis alors rappelé le titre de ce livre qui traînait en 1940 sur le bureau de mon père ; « Allah est grand mais le pétrole est encore plus grand. » Saddam ne l’a sûrement pas lu.

La deuxième réflexion concerne des pays comme la Russie ; les États-Unis ; l’Angleterre et la France pour ne pas les citer. Dès lors que Saddam leur achetait des armes et/ou leur vendait du pétrole, ils sont restés sourds à ses crimes contre son propre peuple, à ses atteintes aux droits des gens, bref, à sa dictature. Il a été souvent reçu avec les honneurs dus à un chef d’État. Ca s’appelle de la realpolitik avec laquelle la morale n’a rien à voir.

La troisième remarque concerne les réactions de citoyens de pays arabes et musulmans. Lors de la première guerre du Golfe, j’ai entendu un étudiant musulman annoncer la victoire des Irakiens parce que « Dieu était avec eux. »

Il n’y a jamais eu de protestations ni de manifestations contre les assassinats de Kurdes et de Chiites. La « rue arabe » n’a jamais condamné les nombreuses atteintes aux droits de l’homme commises par Saddam et son régime. C’est dire la cécité politique et l’aveuglement de ces foules. Dès lors qu’il s’agit d’un arabe musulman, ses crimes ne soulèvent pas l’indignation mais qu’on s’avise de toucher un seul de ses cheveux et ce sont des cris d’orfraie. Ils se mettent à hurler contre les Américains, à brûler les drapeaux de pays qui, pourtant, n’en ont cure.

Voilà sur quoi s’achève l’année 2006. Si je ne connaissais pas la vanité des vœux, je souhaiterais la fin de toutes les dictatures sans exception, partout le respect des droits humains, l’élimination de la misère. Je sais que l’humanité n’en prend pas le chemin, au moins le rêve est-il encore permis.

Hocine Benhamza

 

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