21 avril 2017

Petites notions sous le surmoi

Selon Freud, un nourrisson qui vient d’être conçu ne se vit pas distinct de sa mère. Il n’a pas conscience de son propre corps. Sa conscience est incapable de distinguer le réel de l’imaginaire, car elle n’est qu’un ça, instance pulsionnelle qui, associée au sentiment de toute-puissance, ne connaît ni normes, ni réalité, et qui est régi par le seul principe de jouissance, satisfaction immédiate et inconditionnelle des pulsions. Tout au long de l’enfance, la conscience intériorise d’une part le ça, d’autre part le surmoi inculqué, instance psychique des interdits sociaux et principalement parentaux. En parallèle à cette double intériorisation qui équivaut à la phase de germination du préconscient et de l’inconscient, une partie du surmoi reste au niveau de la conscience et devient conscience morale. De même, une partie du ça se transforme en « moi » (« je » en allemand), afin d’aménager les conditions de satisfaction du ça en conflit permanent avec le surmoi.

Le moi obéit au principe de réalité. Situé à la fois dans l’inconscient, le préconscient et principalement dans la conscience, il tient compte de la conscience morale et des exigences de la réalité. Il est une sorte de médiateur, ou de filtre, pris en tenaille entre le ça, qui exige la satisfaction immédiate du principe de jouissance, et le surmoi, sévère, qui joue le rôle de gendarme parental opposé à toute jouissance.

Selon Freud, la théorie du refoulement est la pierre angulaire sur laquelle repose l’édifice psychanalytique. Le refoulement est un mécanisme automatique de défense incité par le surmoi et opéré par le moi. Il est enclenché lorsque la conscience ne peut accepter d’extérioriser certaines pulsions du ça. Ces pulsions refoulées sont cependant toujours actives et deviennent les moteurs cachés d’actes ou de comportements qui substitueront à la jouissance interdite un dérivé acceptable.

Tout se joue durant l’enfance, et même avant la naissance. La future vie adulte de l’enfant dépend en grande partie de la qualité du surmoi qu’il aura intériorisé avec l’aide consciente et inconsciente de ses parents et du reste de la société. Plus le surmoi sera pauvre, plus l’architecture du psychisme sera pauvre, plus le moi ressemblera au ça, et plus l’ego sera susceptible de s’activer rapidement.

Selon Freud, le surmoi présente les rapports les plus intimes et les plus étroits avec l’héritage archaïque de l’individu. Descendant du surmoi des parents, il surplombe le moi, comme son nom l’indique. Il est à l’origine des interdictions internes et empêche d’assouvir les pulsions du ça sans tenir compte d’autrui. Il détermine, à ce titre, l’aptitude à vivre en communauté. Il s’imprègne à la fois des interdits parentaux, comme l’inceste ou le cannibalisme, et des interdits culturels propres à chaque civilisation, comme la pudicité, les rituels alimentaires, religieux, etc.Retour ligne automatique
La future vie adulte de l’enfant dépend en grande partie de la qualité du surmoi qu’il aura intériorisé avec l’aide de ses parents et du reste de son environnement social. Or le surmoi s’érige surtout sur la façon dont le complexe d’Œdipe est résolu. Freud affirme que le surmoi est « l’héritier du complexe d’Œdipe », et il développe l’idée que ce complexe est l’organisateur suprême de tous les conflits affectifs et structuraux rencontrés par l’enfant pendant son développement. Selon Freud ou peut-etre selon moi, si la qualité du surmoi intériorisé dépend de la qualité de la relation père-enfant, alors elle dépend d’abord de la relation père-mère. En effet, la mère, par la relation privilégiée qu’elle a avec son enfant, est la seule personne vraiment capable de l’aider à intérioriser la loi du père.

La mère peut-elle faire un bébé toute seule ? Peut-elle inculquer à l’enfant son propre surmoi sans se soumettre au surmoi du père ? Par la relation privilégiée et initialement quasi incestueuse qu’elle a avec son enfant, cela paraît impossible. Elle ne peut simplement pas être en même temps la bonne maman et le papa sévère. Elle ne peut pas être en même temps l’avocat et le juge. Le surmoi, donc la loi, ne peut venir que de l’extérieur du cocon mère-enfant. Autrement, ce n’est pas un surmoi. C’est une farce (un peu comme la déclaration qui pense aux Droits mais qui oublie les Devoirs de l’homme).

Quand le père est absent ou fantomatique, le surmoi intériorisé est une farce. Quand le père joue au papa poule, le surmoi intériorisé est une farce. Quand le père est trop sévère, le surmoi intériorisé est une farce qui repose sur la peur de se prendre un coup de ceinture. Quand le père est soumis à un livre vert, le surmoi intériorisé est une farce qui repose sur la peur du feu. Retirez cette peur ou inventez un système de pardon et de grâce sans mérite, et vous comprendrez que ce surmoi n’est que du vent. D’où toutes les incivilités, agressions lâches, et autres barbaries qu’ils sont capables de commettre en vous affirmant « non, ce n’est pas surmoi le vrai… »

Jacko

Un peu de musique psychanalytique selon mon surmoi à moi :