Problématique Algérie-Kabylie

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L’alternative de la deuxième république

Cet article est tiré du travail des participants au séminaire de Taqerbust, organisé par Forum- Kabylie, en mars 2011, avec pour thème « La Kabylie en débat ».

Devant la situation brûlante à travers les pays de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient, passant de révolution dans certains pays (tels que la Tunisie et l’Égypte) à des guerres comme en Libye, il est urgent de trouver une alternative au statu quo que vit l’Algérie.

Pour ce, il y a lieu de faire un diagnostic lucide et trouver un traitement efficace.
D’abord il y a lieu de souligner que notre pays a eu une indépendance avortée, en passant de la dépendance française à la dépendance moyen-orientale il a raté tous les rendez-vous de l’histoire non seulement en gaspillant ses énergies (humaine et matériel) en étant otage de l’idéologie islamo-baathiste mais aussi il a hypothéqué l’avenir des générations futures, et ce en imposant une gestion de stérilité économique et intellectuelle.

À cet effet il y a lieu de trouver une solution efficace qui tient compte des données réelles (historiques, sociales, économiques et géostratégiques).

Le pouvoir actuel est sourd et narcissique, à l’image des pouvoirs arabes, non seulement il boude le dialogue social mais les seules alternatives qu’il propose c’est la domestication ou la prison, le mépris et même la mort. Quand on voit que l’État ne peut s’entendre ou dialoguer ni avec les docteurs, ni avec les universitaires ni avec les fonctionnaires il faut qu’on sache que la volonté politique est de combattre le savoir-faire et l’effort développé et non de les encourager.

Histoire de l’Algérie

À l’image des grands pays de ce monde l’Algérie est un espace de rencontre de plusieurs civilisations (amazigh, romaine, phénicienne, byzantine, arabe, espagnole, turque, française, africaine et autres), ce qui fait que le peuple algérien est la résultante de toutes ces civilisations, ethnies et religions. C’est une mosaïque d’ethnies, de langues et de religions. Aucune de ces données n’a le droit d’exclure les autres, et toute solution crédible doit tenir compte de toutes ces données de base.

Religions

Il faut reconnaître que la religion en Algérie et en Kabylie en particulier joue un rôle de ciment social, elle accompagne le citoyen dans ses différentes phases de vie (mariage, décès et surtout règlement des conflits sociaux). Elle représente l’outil d’apaisement social et d’entraide dans la société.

Malheureusement ces derniers temps la religion est surexploitée et utilisée à des fins hégémoniques, impérialistes et colonialistes en utilisant la gestion de la haine de l’autre, le refus de l’autre et le refus de la différence en proposant à l’humanité la domestication ou la mort (l’islamisation forcée, la dhimmitude ou bien la mort tout simplement).

À travers le monde l’islamisme politique est devenu non seulement un obstacle pour l’intégration des musulmans dans les sociétés d’accueil mais une raison de sectarisme intellectuel, ce qui a provoqué non seulement un rejet de l’islam par les non-musulmans mais par les musulmans eux-mêmes, ce qui pourra constitué une ligne de fracture et de rejet mutuel dans la société en opposant les pro et les anti islam. À titre d’exemple voilà deux déclarations de deux ex-musulmans :
Wafa Soltan est une psychiatre syro-américaine née de parents musulmans très pratiquants a déclaré ce qui suit (bien sûr après argumentation) :

« À cause de cela, et de tant d’autres tragédies humaines dont j’ai été le témoin durant les 30 premières années de ma vie, j’ai décidé de combattre l’islam. Attention, je dis bien : combattre l’islam. Pas l’islam politique, pas l’islam militant, pas l’islam radical, pas le wahhabisme, mais l’islam tout court. Je crois vraiment que l’Occident a inventé ces termes pour satisfaire au politiquement correct. En Syrie où j’ai grandi, on dit juste islam. L’islam n’a jamais été mal compris, l’islam est le problème. »

Le jeune Hossain Salahuddin, d’origine Bengladeshi, dit :

« L’islam est une idéologie arabe colonialiste et impériale engagée dans un combat cosmique pour conquérir la planète. Les djihadistes divisent le monde en deux – le monde islamique et le monde non islamique. C’est l’ultime bataille entre ceux qui valorisent la liberté, la paix et l’humanité et ceux qui les combattent, et nous devons triompher à tout prix dans l’intérêt de notre propre survie. »

Comme vous voyez à travers ces deux exemples (en prenant une Arabe de souche et un musulman non Arabe) il y a un malaise profond et un rejet des intellectuels musulmans de la religion toute entière et ce en se basant sur des données historiques et religieuses.

Afin d’échapper à l’esprit de radicalisation (pro ou contre l’islam avec les conséquences que cela pourraient entraîner en terme de déchirure sociales inutiles) il y a lieu de positionner la religion à sa juste place, c’est une donnée de base parmi les autres données qui constituent la mosaïque algérienne donc elle fait partie des particularités du peuple où tout citoyen aura à vivre ses particularités dans le cadre des libertés individuelles et collectives mais il n’a pas le droit de les imposer aux autres ni par la ruse ni par la force.

Le remède

La solution c’est la deuxième république qui aura comme objectif principale l’efficacité économique et la préservation de la dignité du citoyen. C’est-à-dire se fixer comme objectif principal pour l’État la dignité et la prospérité du citoyen.

Pour y parvenir il faut imposer le savoir-faire et l’effort développé comme seul critère d’ascension sociale et non l’appartenance.

Afin d’aboutir à cette fin, il faut garantir les libertés individuelles et collectives où tout citoyen aura le droit de vivre toutes ses particularités ethniques, linguistiques, religieuses et autres sans avoir la possibilité de les imposer aux autres, ni par la force, ni par la ruse en élaborant une constitution et des lois qui permettent le vivre ensemble en faisant barrage à l’esprit de dépendance et la politique des préalables.Retour ligne automatique
Pour ce l’État algérien doit assumer la diversité du peuple à l’image des peuples des grands pays de ce monde. Donc les constantes d’arabité, l’islamité et l’amazighité doivent céder la place à la diversité. Ce principe constitue la condition et la pierre angulaire pour toute politique de réforme de l’État.

L’État se réserve le rôle d’incitation à la création de richesse, de sa redistribution équitablement et de régulation de la vie des citoyens sans distinction de race, de religion, de langue ou tout autre particularisme.

L’école doit cesser d’être un relai et un outil d’endoctrinement religieux, il faut réintroduire l’éducation civique dans les programmes afin de préparer des citoyens lucides et intelligents et non des militants religieux influençables. L’éducation religieuse doit se limiter à l’aspect historique et idéologique de toutes les religions.

Politique extérieur

L’État algérien doit se soustraire de toutes les organisations internationales basées sur l’appartenance ethnique, linguistique ou religieuses, les seules critères guidant sa politique extérieur c’est la dignité de l’Algérien en premier lieu (celui qui touche un cheveu d’un Algérien aura affaire avec tout un État et ce à l’image des pays qui se respectent) et puis il y a les intérêts économiques. Et bien sûr en appliquant le principe de réciprocité avec l’ensemble des pays en tenant en compte uniquement de la dignité et des intérêts du pays en introduisant ce principe même dans les échanges économiques en étant parmi les critères de choix de nos partenaires et intervenant économiques.

Kabylie

On ne peut pas revivre l’histoire, la Kabylie est une partie de l’Algérie, les Kabyles ont un destin commun avec les Algériens. Nos adversaires ne sont pas les Algériens mais c’est le wahhabisme avec son instrument politique qui est Ali Saoud qui est derrière nos malheurs en sous-traitant leur politique aux frères musulmans égyptiens. Notre salut c’est de battre en brèche leur idéologie avec des idées cohérentes, lucides, porteuses de modernité et d’efficacité. Notre salut c’est une Algérie unie débarrassée de toute hégémonie ethnique, linguistique, religieuse ou autres en concentrant ses efforts sur l’efficacité économique et dignité de ses ressortissants à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Donc la solution de l’autonomie de la Kabylie c’est une idée qui pose de vrais problèmes et apporte de mauvaises solutions. C’est une idée qui manque de maturité politique que je peux qualifier de réaction et non d’une action.
Dans toute la planète des peuples cèdent même des parties de leur souveraineté afin de créer des ensembles économiques et géostratégiques, et nous, on est unis par voie de fait on doit combattre les idées qui nuisent à cette unité en imposant le respect mutuel.

Toutefois il n’est pas exclu de trouver des modes de réorganisation de l’État afin de permettre une décentralisation des pouvoirs, une efficacité économique et surtout une cohérence entre les structures de l’État et la composante et caractéristiques de chaque région.

Conclusion

Les thèses islamo-baathistes sont les vrais ennemis de la modernité, de citoyenneté et de liberté. Leurs points faibles sont la stérilité intellectuelle et économique. Des idées rétrogrades qui s’accrochent à la médiocrité. C’est le 7e siècle qui veut survivre par la force et la ruse au 21e siècle.

Notre pays a une expérience dans le traitement des effets néfastes de cette idéologie notamment depuis 1992, où l’institution militaire a pu identifier l’ennemi, elle l’a infiltré puis elle l’a éliminé et vaincu militairement malheureusement que la matrice qui le fabrique demeure intacte du fait de complaisance de certain courant politiques qui n’ont pas su comprendre la différence entre leur appartenance religieuse et leur appartenance à une patrie.

Pour la création de la deuxième république il faut instaurer un débat national qui va traiter de comment gouverner et non qui doit gouverner, de faire la part des choses avec toute objectivité et sans tabous et de fixer les grands objectifs de l’État.
Les pays tels que la Tunisie et l’Égypte sont au point de départ de notre expérience de l’année 1992 avec une différence de taille où leurs institutions militaires ne sont pas aussi conscientes de la complexité des tâches qui les attendent.

Par El Hadi Mezouari

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