22 juin 2017

Chienne de vie III

La vie justement n’était pas si simple. Quand on naît fille, surtout. Déjà que le quotidien est rasant, barbant, dénué d’intérêt pour la gente masculine, alors que dire du quotidien de celles qui, dès leur naissance, sont frappées du sceau de l’amertume sexuée.

Très vite, elle troqua son jean sweat et baskets contre une robe tablier hideuse achetée quelques sous à un trabendiste au teint mat. Pour moins de 100 da, cela valait le coup de subir ces fleurs immondes et ces couleurs grotesques.

Se vêtir d’une tenue d’intérieur, c’est comme revêtir un masque. Ou l’ôter. Et redevenir un maillon de la chaîne familiale, sans individualité propre. Sans rêves, sans désirs sans projets.

Deux mains de plus pour épauler maman dans les tâches ménagères.Retour ligne automatique
Le temps d’un weekend, oublier son érudition et redevenir celle que la société lui imposait d’être. Personne.

Passer de l’art au néant, du concret à l’abstrait, de l’amour à la négation de soi. Passer de l’esprit au corps.

A l’instar de sa mère, elle arrivait à gérer cette schizophrénie entre son soi intérieur et l’absence de soi au profit du dogme.

Sa mère était presque son double. L’une amoureuse de littérature, l’autre d’aquarelles et de peintures. Elles étaient unies, dans l’emprisonnement sexuel comme dans cette passion commune pour l’art Retour ligne automatique
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A suivre…

Tayirat

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