18 août 2017

Répression de la Marche du 20 avril 2014 à Tizi-Ouzou

Quatre jours après avoir toléré la marche du 15 avril dernier, le pouvoir algérien empêche violemment la marche traditionnelle du 20 avril d’avoir lieu…

La marche à laquelle ont appelé le MAK et les anciens du MCB a drainé une foule impressionnante qui s’est formée dès les premières heures de la matinée devant l’université Mouloud Mammeri de Tizi-Ouzou. La célébration traditionnelle des printemps 1980 et noir (2001) qui coïncide chaque année le 20 avril, s’est voulue pacifique comme toutes celles qui l’ont précédée et pour cause ; on a remarqué la présence des familles, des enfants et même quelques handicapés moteurs. Les milliers de personnes scandant les slogans anti-pouvoir et pour l’indépendance de la Kabylie pensaient marcher pour marquer l’événement et réaffirmer leur attachement aux symboles que représentent les 02 printemps ainsi que leur fidélité au combat des victimes de la lutte de la Kabylie. Le drapeau amazigh est le seul emblème présent en force à côté des portraits de Matoub Lounès et des pancartes et autres tee-shirts frappés du logo du MAK.

La montée de l’université est bourrée de monde. Il y a très longtemps depuis que Tizi-Ouzou n’avait pas connu une telle effervescence populaire. La marche annonçait un événement commémoratif à la hauteur de l’événement, mais c’était compter sans le machiavélisme du pouvoir algérien qui, dès la matinée, a assiégé la ville par des barrages de CRS, coupant plusieurs fois l’itinéraire prévu pour la marche. La présence de Zedek Mouloud, venu, comme d’habitude, participer à cette manifestation du 20 avril n’est pas passée inaperçue puisque une nuée de fans s’est ruée sur lui pour le remercier d’être là et pour se faire photographier avec lui, histoire d’immortaliser l’événement. Tenna est l’autre artiste qui a tenu à marquer de sa présence cette marche traditionnelle de la Kabylie.

A 11 heures, des dizaines d’éléments de la machine anti-émeute se dressent devant le peloton de tête conduit par les responsables du MAK tandis que les représentants de l’appel des anciens du MCB se sont positionnés loin derrière, à proximité d’une dizaine de membres du RCD regroupée sur le trottoir au bas du portail de l’université. Barricadant le passage, les policiers armés comme il se doit pour affronter une émeute, semblent décidés à empêcher, pour la première fois, la marche du 20 avril. La provocation était trop grave pour être tolérée par les marcheurs et c’est déjà les insultes qui fusent de part et d’autres. Les marcheurs tentaient de parlementer avec les officiers, en leur expliquant que la marche était pacifique, il n’y avait pas lieu de l’empêcher sauf s’ils ont reçu des ordres pour transformer une marche en un bain de sang. Les officiers répondant dans un arabe imperceptible, répondent par la même ritournelle : « la marche n’est pas autorisée et elle n’aura pas lieu ».

11 heures et 30 minutes, un premier carré a réussi à passer entre les mailles de ce premier blocage pour être arrêté net au niveau du stade du 1er novembre où un autre barrage des CRS était placé, produisant ainsi et déjà, 02 foyers de tension qui montaient en puissance. Celui-ci éclata lorsque les policiers ont chargé les premiers marcheurs et c’est le branle-bas de combat et des projectiles de pierre qui sont échangés entre les 02 parties.

La foule retenue au niveau du campus Hasnaoua bouillonnait devant des éléments antiémeutes qui font des gestes obscènes à quelques jeunes qui étaient, quasi face-à-face avec eux, scandaient des slogans anti-pouvoir (« pouvoir assassin », « achetez des couches à Bouteflika », « nous ne sommes pas des arabes », « Bouteflika-Ouyehia, pouvoir terroristes »…) pour tenter de se frayer un passage afin de tenir leur marche. Soudain, une pierre est lancée dans la direction des marcheurs par un jeune qui était avec les policiers et c’est la provocation de trop qui avait mis le feu aux poudres. Des centaines de marcheurs, notamment des femmes et des enfants ont trouvé refuge dans l’enceinte de l’université, tandis que les projectiles de toute sorte traversaient le ciel dans les 02 directions. Les échauffourées se sont éclatées à différents endroits de l’itinéraire prévu pour la marche, mais le foyer principal s’est installé devant le campus de l’université, point de départ de la marche avortée.

Les provocations se multiplient de la part des policiers : gestes obscènes, insultes, jets de pierres… Avec quelques marcheurs, on n’a tenté d’approcher une autre fois les officiers en leur disant qu’ils n’auraient pas du empêcher une marche pacifique et surtout celle du 20 avril mais en même temps, il suffit qu’ils disparaissent du champ de vision des marcheurs pour que le calme revienne et la marche aura lieu dans le calme. Un officier kabyle nous lance : « nous ne sommes que des instruments ».

Il est 13H, le soleil mâchonnait les esprits, les projectiles se sont diversifiés et les premiers blessés tombent. On évoquait déjà des arrestations et plus d’une dizaine de blessés dont un cas grave, tous admis au niveau des urgences du CHU de Tiz-Ouzou. L’arène des hostilités s’est déplacée plus bas, au niveau du carrefour du 20 avril et les bombes lacrymogènes font leur apparition. Les signataires de l’appel du MCB ainsi que la dizaine d’éléments du RCD ont abandonné les lieux, juste après les premières assauts tandis que Bouaziz Ait-Chebib tentait de canaliser la furie d’une jeunesse décidée d’en découdre avec les forces répressives qui ont commis l’affront d’interdire une marche, un 20 avril et, s’il vous plait, à Tizi-Ouzou !

14H. les hostilités ont atteint leur paroxysme et les camions antiémeutes, dépêchés en renfort devant la détermination des manifestants, n’ont fait qu’exacerber l’excitation et la colère de ces derniers. Repoussés sur le boulevard Amyoud menant vers Ihesnawen et l’université de Bastos, les manifestants se dispersent en groupent compacts à travers les rues mitoyennes, essaimant les quartiers de la nouvelle ville et empêchant les éléments de la police de progresser car ne sachant plus quel groupe attaquer. Cernés de par et d’autres, les policiers se sont cantonnés au niveau de la Tour de la nouvelle ville où ils subissaient la pluie de cailloux qui leur tombait du ciel. Le jeune Gacem Rafik, touché à la tête, est transporté par ses amis au niveau de la clinique privée El Djouher où il était admis à 14 h 37mn. Une heure plus tard, c’est autour du jeune Lounis Barki, touché gravement à l’œil droit par une cartouche à blanc tirée à bout portant selon ses amis qui l’ont transporté à la même clinique avant d’être évacué vers le CHU. A 16H, ce sont 03 autres blessés qui y sont admis.

Dans un climat de guérilla urbaine, il était quasi impossible de se déplacer d’un endroit à l’autre et donc, de pouvoir recenser le nombre de blessés, estimé à une quarantaine, qui se trouvaient aussi bien au CHU qu’au niveau des cliniques privés de la ville de Tizi-Ouzou. Enfin de la journée, aux alentours de 17 h 30, on parle de 60 d’arrestations qui seraient libérés et c’est à ce moment précis que les échauffourées ont cessé avec l’odeur des gaz lacrymogènes qui empestait encore l’axe allant de l’hôpital jusqu’au bout du boulevard Amyoud. La tension était encore perceptible et c’est le round d’observation entre des policiers qui restaient postés dans différents endroits et des groupes de jeunes épuisés qui rassemblaient des cailloux pour parer à toute éventualité.

Cette répression et ses travers, marquent-ils la fin de nos illusions Kabyles ? Le temps nous le dira.

Allas DI TLELLI

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


UA-10888605-2