Routes antiques à travers le Sahara (I)

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Après avoir longtemps cru que l’Afrique noire était demeurée complètement inconnue des populations de l’Antiquité méditerranéenne, les archéologues ont dû se rendre à l’évidence : la découverte de trésors monétaires romains en Côte d’Ivoire, une étude plus précise des sources anciennes permettent aujourd’hui de reconstituer les courants d’échanges qui unirent l’Afrique romaine aux régions situées au sud du Sahara.

Parler du Sahara dans l’Antiquité n’est pas choses aisée, tant nous manquons de documents : l’archéologie se révèle souvent décevante, et les rares textes littéraires qui existent, œuvres de géographes grecs ou d’historiens romains, posent parfois plus de problèmes qu’ils n’apportent de solutions. Pourtant, il est certain que des hommes ont traversé ce désert il y a plus de vingt siècles : qui étaient-ils ? Pourquoi l’ont-ils fait ? Comment ? Il est heureusement possible désormais de répondre à ces questions, au moins de manière partielle, non pas tant du fait de découvertes récentes qu’en raison de nouvelles interprétations de données déjà connues.

Vainqueurs et vaincus

Il n’est peut-être pas mauvais, pour commencer, de rappeler ce que l’on sait sur les peuples qui occupaient le nord de l’Afrique dans l’Antiquité. Une distinction classique consiste à opposer aux conquérants les « indigènes » (on appelle ainsi, par convention, les plus anciens habitants connus, bien qu’ils ne soient pas nécessairement autochtones). Et déjà une première constatation s’impose : les choses ne se présentent pas de la même manière à l’est et à l’ouest. Dans la partie orientale de l’Afrique, les Égyptiens, qui possèdent une civilisation brillante, ancienne et illustre, vivent groupés le long du Nil, suivant un axe orienté du nord vers le sud, et sont séparés de l’Afrique noire par le puissant et mystérieux royaume de Méroé, [1] sorte de sas qu’ils doivent obligatoirement emprunter pour gagner la partie méridionale du continent. Au contraire, dans l’actuel Afrique du Nord, les nations sont disposées de l’ouest vers l’est. En premier lieu, le long de la Méditerranée, les Maures (Maroc, Algérie occidentale) et les Numides [2] (Algérie orientale) ont su constituer des États puissants, illustrés, notamment pour les seconds, par Massinissa, l’allié de Rome contre Hannibal. Plus au sud, dans la zone proche du Sahara, existent des peuples divers que l’on englobe sous le nom de Gétules. Parmi ceux-ci, retenons les Pharusiens, [3] qu’il faut situer au midi de la Maurétanie, et les sauvages Nasamons, voisins des Syrtes, d’authentiques naufrageurs, qui pillent les navires après les avoir attirés sur leurs rivages inhospitaliers, mais les plus importants, sans conteste, ce sont les Garamantes : [4] leur capitale, Germa, dans la Libye actuelle, vient d’être étudiée par un archéologue anglais, Ch. Daniels. Les Gétules [5] servaient d’intermédiaires nécessaires entre les pays situés de part et d’autre du Sahara. Viennent enfin les Noirs ; pour ceux-ci, les Romains et les Grecs ne faisaient guère de différences : tous étaient appelés Éthiopiens, c’est-à-dire « visages brûlés ». La seule variante que l’on voulût bien en connaître était constituée par les Pygmées, également répandus, semble-t-il, depuis le Sénégal jusqu’au Soudan ; leur physique faisait la joie des Romains qui les ont souvent fait représenter sur des peintures et des mosaïques ; les « scènes nilotiques » servent même à définir une des phases de l’art de Pompéi.

Pourtant, ce schéma ne rend pas parfaitement compte d’une réalité fort complexe : les populations des oasis subsahariennes étaient fortement mêlées, et cela depuis longtemps. On considère que dans cette zone vivaient des Blancs, des Noirs et des Métis. Une étude récente portant sur les squelettes trouvés dans cette région permet même de chiffrer ces données ; selon M.-Cl. Chamla, les ossements observés appartiennent pour un quart au type négroïde (25%), pour plus d’un tiers à un type non négroïde (41%) et pour le reste à un type mixte (34%) ; de plus, ces pourcentages semblent avoir peu varié depuis l’époque protohistorique jusqu’à l’époque historique. On donne en général à ce contraste une explication socio-économique : les Noirs étaient des sédentaires, esclaves des nomades blancs.
Quoi qu’il en soit, d’autres Blancs se sont présentés en maîtres : dès le XIe s., des Phéniciens se sont installés le long des côtes de l’Afrique du Nord ; en 146 av. J.-C., ils ont dû céder leur domination aux Romains. En 332, Alexandre arrive en Égypte : les descendants d’un de ses généraux, les Lagides, [6] créent une nouvelle dynastie s’appuyant sur une noblesse et une armée d’origine macédoniennes. Ainsi, à l’est de l’Afrique se crée un État de traditions grecques, à l’ouest une puis plusieurs provinces romaines.

à suivre…

D’après Olivier Redon, Historama n° 42, octobre-novembre 1979

Notes

[1] L’île de Méroé appelée ainsi par Hérodote, comprise entre l’Atbara, le Nil blanc et le Nil bleu, est l’héritière de cultures remontant à la préhistoire. Cette région située entre les Sixième et Cinquième Cataractes, aujourd’hui appelée Boutana, était occupée par des populations d’éleveurs. Elle jouissait d’un régime de pluies créant des zones de pâturage qui s’étendaient sur 80 km². A la saison sèche, les Méroïtes utilisaient l’eau collectée dans les réservoirs, appelés hafiré, creusés dans le lit des rivières. Près de 800 furent repérés ; celui de Moussaouarat es-Sofra mesurait près de 6 mètres de profondeur et 300 mètres de diamètre. Cette région était propice à l’élevage et à l’agriculture. Au début de notre ère, la métallurgie du fer semble avoir tenu un rôle important.

Hérodote est fasciné par les « Éthiopiens Longue-Vie », les Nubiens. Strabon s’inspire des écrits d’Erathosthène pour les décrire. Diodore de Sicile raconte le défi lancé par le roi Arkamani contre l’emprise des prêtres d’Amon. A l’époque romaine, Pline l’Ancien relate l’expédition menée par le préfet d’Égypte, Caius Petronius, contre des « Éthiopiens » qui s’étaient emparés d’Assouan. Sous l’empereur Néron, Sénèque et Dion Cassius rapportent les exploits des émissaires romains dans ces contrées lointaines.

Au IIIe siècle après J.-C., le royaume sert de modèle au roman d’Héliodore, Les Ethiopiques, dans lequel le héros épouse « la fille du roi de Méroé ».

[2] Le cœur du pays numide était l’actuel Constantinois, les hautes plaines qui s’étendent entre l’Aurès au sud, le Hodna et la Petite Kabylie au nord. Cependant, on considérait comme numides les tribus berbères de l’actuelle Tunisie. Les Numides peuplaient donc la partie orientale de l’Afrique du Nord et se distinguaient des Maures de la partie occidentale, des Gétules des confins sahariens. Tous n’ignoraient pas l’agriculture, mais, pour l’essentiel, jusqu’au IIIe siècle avant notre ère, ils vivaient en nomades pasteurs : les Grecs les nommaient ὅι Νομ́αδες, « ceux qui font paître », et c’est l’origine du nom des Numides. Ils étaient divisés en de nombreuses tribus entre lesquelles des liens assez lâches et instables s’instaurèrent.

Au IIIe siècle avant J.-C., pendant qu’une fédération maure se constituait dans le nord du Maroc actuel, deux royaumes numides apparurent, celui des Masaesyles à l’ouest, entre la Mulucha (Moulouya) et Cirta (Constantine), celui des Massyles, aux confins des territoires carthaginois. Syphax, roi des Masaesyles, apparut comme un puissant personnage ; il domina toute l’Algérie actuelle et choisit pour capitale Cirta.

[3] Les Pharusiens sont apparus en Afrique du Nord au cours du IIIe millénaire av. J.-C.. Leur territoire est situé dans une aire géographique qui couvrirait le Maroc actuel et le Sahara occidental.
Le peuple pharusien est descendant de la branche de la civilisation capsienne ayant émigré au Sahara vers 3000 av. J.-C. Il est cité par l’historien grec Strabon et par Pline l’Ancien.
Une légende, rapportée par Salluste, dit que les Pharusiens sont d’anciens Perses qui ont accompagné Hercule dans son expédition aux Hespérides. Cette légende serait à l’origine du nom pharusien.

[4] Les Garamantes étaient un ancien peuple nomade, qui vivait entre la Libye et l’Atlas.

[5] Les Gétules forment un peuple de pasteurs nomades présents sur de vastes régions du nord-ouest de l’Afrique, au sud de la Numidie et de la Maurétanie, durant l’Antiquité et l’occupation romaine de l’Afrique. Strabon en fait des voisins méridionaux des Garamantes.

[6] Les Lagides : Dynastie constituée par les descendants de Ptolémée Sôter qui gouverneront l’Égypte jusqu’en 30 av. J.-C. et surent développer une civilisation mêlant la tradition pharaonique et l’apport hellénistique. Le nom fut formé sur celui de son père, Lagos (le « lièvre », jeu de mots formé à partir des mots agon et laos, signifiant « conducteur du peuple »). L’Égypte lagide, c’est la vallée du Nil, de la mer à la deuxième cataracte, et les pays qui furent rattachés par conquête à ce territoire, depuis la mort d’Alexandre le Grand, en 323 avant J.-C., et l’arrivée en Égypte, comme gouverneur, du capitaine macédonien Ptolémaios, fils de Lagos (Ptolémée Ier Sôter).

 

One thought on “Routes antiques à travers le Sahara (I)

  1. J’exige des droits d’auteur pour les roues du dessin rupestres sur
    la photo en illustration !
    La preuve, c’est que je dessine toujours des loupiottes animée !
    Si capital et les dividende ne me sont versées, vous envoi un
    essaim de frelons à moins de vous bombarder avec quelque
    dessins… C’est qui est à moi comme la langue est nous les
    kabyles ! Ai-je dit !
    Celui veut la Kabylie, doit commencer par fermer sa g…roin, ouvrir les oreilles et apprendre le
    kabyle.
    Attention, la Kabylie étant réduite par des sauterelles à la taille du barque genre celle de Noé,
    donc les places vont êtres génétiquement chères. Hé oui ! Plus de place pour les moutons
    Momo le grand expert renifleur de gaz Saharien aux dépends des Kabyles ! Tfeuuu !

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