Routes antiques à travers le Sahara (III)

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Sahara : moyens de déplacement dans l’Antiquité

On a parfois écrit que le climat de cette région a changé depuis l’Antiquité : l’assèchement du Sahara est une certitude, et la pénétration du désert par la civilisation des chars est également incontestable. Pourtant les spécialistes pensent que ces variations ont eu peu d’ampleur pour l’époque historique : la disparition des mers qui occupaient autrefois cette région est bien antérieure à l’arrivée des hommes, et si une végétation plus luxuriante a pu y fleurir il y a trente siècles, cela est dû plus aux efforts des cultivateurs qu’à l’abondance des pluies. Mais ce qui est vrai, c’est que cette flore, par son existence même, accroissait l’humidité de l’air. L’abandon des plantations et de la sédentarisation au profit de l’élevage et du nomadisme a rompu ce fragile équilibre. Ainsi, on trouvait sans doute plus d’eau que de nos jours, mais assurément en quantité insuffisante. Cela explique que les négociants phéniciens, grecs et romains aient préféré avoir recours, pour leurs affaires, à des intermédiaires, gens du royaume de Méroé ou Garamantes. Cela permet également de comprendre la nécessité, pour eux, de s’organiser en caravanes, mais quel était l’animal utilisé ?

On a dégagé en Afrique des ossements de chameaux remontant à la Préhistoire. Pourtant, tous les documents à notre disposition montrent que cet animal, qui avait sans doute disparu dès l’époque protohistorique, n’a pas été utilisé avant l’ère chrétienne. Ainsi les Garamantes, un peuple de race blanche proche des Touareg, disposaient de chars tirés par deux, trois ou quatre chevaux. Les nobles issus de cette nation se sont fait représenter sur des peintures rupestres : on peut encore les voir, le chef surmonté d’une coiffe se terminant par un haut plumet, et tenant à la main un javelot. Ces œuvres d’art, particulièrement abondantes dans le Tassili des Ajjers, le Hoggar et l’Adrar des Iforas, ont été reportées sur des cartes : elles montrent qu’il existait deux routes à travers le Sahara, celle de Ghadamès au Niger et celle qui reliait la Maurétanie au Sénégal. Les spécialistes attribuent ces documents à la seconde moitié du deuxième millénaire av. J.-C.

Les Pharusiens également utilisaient le cheval pour leurs déplacements à travers le désert ; mais ceux- ci s’effectuaient d’ouest en est, depuis le sud de la Maurétanie jusqu’aux environs de Constantine. Le géographe grec Strabon nous dit qu’ils voyageaient sur des chevaux qui portaient des outres d’eau sous leur ventre, comme le font encore aujourd’hui les Touareg soudanais.

Dans ces conditions, le recours au chameau a constitué un bouleversement important. Mme E. Demougeot [1] a ouvert à nouveau dossier ; elle a rassemblé tous Ies documents connus à ce jour, et ses conclusions sont formelles : rares avant l’ère chrétienne, les chameaux ne sont vraiment utilisés que sous Haut-Empire, mais ne sont nombreux que sous le Bas-Empire (au milieu du IVe siècle, la ville de Lepcis Magna en possédait trois mille). Pourtant, seuls ces animaux pouvaient permettre une traversée relativement facile du désert. Ainsi, on comprend mieux que Sahara n’ait pas été très fréquenté dans l’Antiquité : il offrait peu d’attraits, et la vie y était pénible. Pourtant, des hommes ont tenté l’aventure.

à suivre…

D’après Olivier Redon, Historama n° 42, octobre-novembre 1979

Notes

[1] Mme E. Demougeot était professeur à l’Université Paul Valéry de Montpellier III.

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