Sacrifices, sacrifiés, sacrificateurs

Curieusement, beaucoup d’enfants kabyles, nés dans les années cinquante, n’ont vu la violence et le sang qu’après l’indépendance. Ce n’est pas parce que la guerre d’indépendance a dérogé à la tradition des guerres de générer des atrocités mais parce que nos parents, en héros ordinaires et anonymes, nous ont servi de pare-chocs et pris sur eux toutes les souffrances qui devaient nous atteindre. Qu’ont donc fait nos mères pour nous préserver des horreurs de la guerre ? Dans quel océan de courage ont-elles puisé leur détermination à empêcher la guerre de trop nous abimer ? Qu’ont-elles fait pour que notre équilibre psychique et notre croissance ne soient pas irrémédiablement compromis ?

Arrivé à l’âge où je pouvais poser toutes ces questions, ma maman n’était plus de ce monde ; La voix de ma mère ayant quitté ma mémoire, je l’imaginais des plus douces et des plus consolantes. Je n’ai pas voulu entendre les réponses par la bouche d’une de ses sœurs dont les voix ne pouvaient égaler celle de ma défunte maman. J’ai préféré imaginer les réponses les plus dignes et les lui attribuer toutes, persuadé que le cœur de ma mère, précocement déréglé par son souci constant de s’interposer, en forteresse imprenable, entre ma fragilité et les cruautés de Mars, avait, outre l’amour qu’il me portait, mille autres raisons, inconnues de mes tantes, de vouloir me protéger. De plus, ma mère n’usait pas uniquement de sa voix pour me parler. Elle la secondait de ses mains coiffant et décoiffant mes cheveux et de ses lèvres qu’elle promenait sur mon visage pour l’ensemencer de bisous tendres et sonores. Malgré leur gentillesse et leur bonne volonté, mes tantes n’ont jamais réussi à susciter en moi le sentiment de sécurité et la sensation de bien être que me procurait la tendresse maternelle.

Quelques uns parmi nous ont appris, sur les stèles des monuments aux morts, le départ définitif de l’oncle ou du cousin prodigue qu’ils espéraient revoir un jour, au retour de l’exil. Nos mères nous ont tenus loin de leurs tourments en nous cachant leurs deuils. Elles ont pleuré leurs morts pendant notre sommeil. Nos pères, eux, recouraient aux mensonges pour justifier leur refus de nous laisser les accompagner lorsqu’ils allaient enterrer des combattants tués. La tristesse, constante sur les visages des adultes, a certainement été différente selon que les morts étaient des proches de nos parents ou des étrangers à eux, mais ses fluctuations nous étaient imperceptibles. Nous pouvions deviner le chagrin de nos mères à leur humeur taciturne mais il nous était impossible de mesurer son intensité. Elles redevenaient attentionnées, affectueuses et presque joyeuses devant notre inquiétude. Je dis nos mères non pas en porte parole de mes copains d’enfance mais parce que je les revoie regroupées dans l’une ou l’autre de leurs maisons, bavardant ou psalmodiant tout en cardant la laine ou en tricotant. C’est une multitude de mamans que je revoie quand le souvenir de ma mère me visite. Au besoin, chaque enfant pouvait faire sienne la maman d’un autre. Nous étions confiés à la garde de l’une d’elles quand la fontaine ou les champs réclamaient nos mères. Elles faisaient un ensemble de mères, soudées et solidaires. Sans avoir lu Françoise Dolto, elles ont réussi à nous donner, malgré la guerre, une enfance sans traumatismes handicapants.

En me rendant compte que je parle des années de guerre avec un ton nostalgique, j’ai voulu me reprendre pour ne pas choquer et passer pour un apologiste de la guerre ou un révisionniste. Au moment où je réfléchissais à la manière d’écrire sans paraître regretter les cruelles années vécues par mes parents et leurs concitoyens, j’ai entendu un chœur de voix d’outre tombe me dire : ne renie aucun de tes mots car ta nostalgie est le meilleur hommage jamais rendu à notre courage et à notre sacrifice.

Les rites sacrificiels n’ont pas été célébrés pendant les sept années de guerre. Le sacrifice païen de timechrat et celui religieux d’Abraham ont eu une longue interruption. Seules les immolations de volatiles, sans lesquelles les amulettes auraient été inefficaces, ont été maintenues. Dans la Kabylie interdite au progrès et à la médecine par de nombreux siècles de colonisations ininterrompues, les populations avaient recours aux plantes pour soigner les maladies physiques, aux amulettes et aux défoulements des zaouias, « ajdab », pour les maladies mentales. A l’exception des quelques dispensaires ouverts par les pères blancs et les sœurs, et les tardifs dispensaires des « sas » édifiés dans les chefs lieux des communes, il n’y avait pas de cabinets médicaux dans les villages. Les hôpitaux et les cliniques étaient situés dans les grandes agglomérations. L’absence de transports les rendait inaccessibles aux malades montagnards qui devaient les rejoindre à la marche. Ils confiaient leurs maux à la médecine traditionnelle. Elle, au moins, garantissait de mourir chez soi et non d’épuisement sur la route. Les causes de ces deux sortes de maladies était souvent attribuées aux mêmes agents pathogènes invisibles appelés « ledjnoun ». Les poulets et les pigeons, supposés avoir un pouvoir de guérison, lorsqu’ils sont prescrits par nos chamans que sont les cheikhs, n’ont pas eu de trêve. Pour que ces volatiles médicinaux dispensent leur pouvoir thérapeutique, il fallait d’abord leur donner le tournis. Tenus d’une main enserrant leurs ailes, on les tournait, deux fois sept tours au dessus de la tête du malade, une fois dans le sens des aiguilles d’une montre, l’autre fois dans le sens contraire en répétant une formule incantatoire intimant à la maladie l’ordre de sortir et au médicament celui d’entrer. C’était des « Kchem a dwa, effagh a labla ». L’autre condition pour une action certaine de l’oiseau sur la maladie était qu’il soit égorgé au nom d’Allah car est vain tout sacrifice non agréé par lui. L’arrêt des sacrifices d’animaux aux divinités pendant la guerre trahit un reste de rationalité chez les Kabyles. De toute façon Dieu ne regarderait pas avec bienveillance ces minuscules sacrifices en ce moment où la guerre le gave des corps tendres et savoureux des jeunesses algériennes et françaises, ont-ils dû se dire.

Deux ans après l’indépendance, j’ai vu du sang couler abondamment pour la première fois. Mon père a égorgé, devant moi, après la prière de l’Aid, l’un de nos trois moutons et ma mère, dans un geste de survivance païenne, a badigeonné mon front de son index après l’avoir trempé dans le sang. Elle m’avait dit qu’elle me prémunissait contre tucherka, un mot dont je ne sais s’il signifiait doute, association ou esclavage. Il me plairait assez d’apprendre qu’elle voulait me préserver du doute sur l’existence de Dieu car son échec me ferait sourire et allégerait les peines que m’infligent les moments, de plus en plus nombreux depuis que les années de mon âge ont accéléré leur course vers la sénilité, où son souvenir me visite. Il me plairait d’être athée et d’échapper au terrorisme des religions monothéistes grâce à ma pauvre mère qui n’avait pas appris la bonne formule.

Le mouton sacrifié était le seul de notre petit cheptel qui consentait à me suivre et à venir vers moi lorsque je l’appelais. Ma mère ayant deviné ma tristesse m’a raconté qu’il est allé paître dans la prairie toujours verdoyante du paradis d’Abraham et boire dans les ruisseaux de ses printemps éternels. Elle m’a expliqué ce rite et la mise à l’épreuve de la foi du patriarche biblique auquel Dieu aurait demandé le sacrifice de son fils Ismaël. J’ai été tenté de demander à mon père s’il obtempérerait et me sacrifierait pour plaire à Dieu mais ma mère, ayant reçu comme toutes les mères le don de lire dans les pensées de leurs enfants, s’empressa de me rassurer en me disant que, depuis, Dieu et la religion se sont interdits les sacrifices humains. Cette affirmation est le seul mensonge que je peux reprocher à ma défunte mère.

L’animal est écorché en ce jour dit « Ass n tmezla », le jour de l’égorgement. Sa toison est étalée dans un coin de jardin ou de cour, avec les bords bien tirés et accrochés à des pieux enfoncés dans le sol. Elle est saupoudrée de sel puis raclée avec précaution pour la débarrasser de ses restes de chair sans la déchirer. Elle fera une longue carrière de paillasson. Les entrailles aussi sont retirées en ce même premier jour de l’Aïd. Le foie et le cœur sont mangés presque tout chauds ; les poches de l’estomac et les intestins sont nettoyés et abondamment rincés. Les intestins sont étendus comme du linge et séchés au soleil. Ils seront mangés plus tard, grillés dans le feu du « kanoun », la cheminée kabyle ou sur un braséro en terre cuite qu’on appelait « Nafakh ». La carcasse, vidée et recouverte d’une étoffe, reste pendu à un crochet jusqu’au lendemain « Ass n uchellah », jour du dépeçage. L’ainé ou le chouchou de la famille recevait la vessie et en faisait un ballon. Je n’ai pas réclamé un plat de lentilles pour céder mon droit d’ainesse, droit acquis grâce au forfait de mes ainés arrivés à l’âge de fréquenter les cafés et de s’adonner à leurs jeux, à mon jeune frère. J’ai même taillé dans un roseau l’embout avec lequel il a gonflé sa vessie puante. Je le revois promenant son ballon au bout d’une ficelle sans réussir à l’arracher à l’attraction terrestre.

Il m’a fallu plusieurs mois pour oublier mon animal de compagnie préféré. Il était ma peluche, le chien et le chat que je ne pouvais avoir, le chien parce que rare longtemps après l’indépendance. A ce qu’on m’a dit, ils auraient été décimés par les maquisards par crainte qu’ils jouent aux oies du Capitole et trahissent leurs visites nocturnes aux villageois désignés pour les ravitailler. Quant aux chats kabyles de mon enfance, farouches et méfiants comme nulle part ailleurs, ils ne s’approchaient des humains que pour leur voler de la nourriture. Je ne me souviens pas avoir vu un chat kabyle faire le dos rond ou ronronner paisiblement à côté d’un enfant. Dès qu’un Kabyle de mon enfance voyait un chat, il lui lançait un quelconque projectile en criant « sab akin ».

L’expression « docile comme un mouton » a été la seule de la langue française qu’aucun enseignant n’a eu besoin de m’expliquer. C’était un mouton sans cornes. Il mangeait dans ma main les figues habitées que mes frères et moi ne voulions pas. Il courrait ou marchait derrière moi et lorsque je m’arrêtais, il s’approchait et réclamait le salaire de sa compagnie en frottant son museau contre ma main. Nos innocences avaient fusionné dans cette tendre complicité servant de cuirasse aux êtres unis par la nécessité de s’offrir en protecteurs l’un à l’autre. Au vain vœu de sauver la vie de mon ovin, j’ai versé quelques larmes en cachette de mon père excédé par mes reproches. J’ai essayé de reporter mon affection sur l’un puis sur l’autre des moutons restants mais sans succès. Les deux m’ont signifié leur refus de m’adopter et refusé de manger dans ma main comme s’ils avaient décidé de me faire payer mon impuissance à empêcher le sacrifice de leur voisin d’étable.

Le premier sacrifice païen auquel j’ai assisté a eu lieu un dimanche d’automne. La coutume voulait que pour son premier sacrifice, le garçon revienne avec la tête d’un bœuf. Je n’ai pas eu de trophée. Le nombre des premières visites ayant été nombreux, les têtes ont été vendues aux enchères. Mon père n’avait pas les moyens de surenchérir. Les bœufs de Timechrat sont achetés au marché de la grande ville quelques jours avant le sacrifice. Ils ont été nourris et abreuvés par un villageois volontaire auquel le comité du village les a confiées. Les enfants les accompagnaient à l’abreuvoir de la fontaine en taquinant celui supposé être le plus agressif et qu’ils avaient déjà surnommé Wachour, nom d’un malade mental étranger à notre village. Ce Wachour répondait aux provocations des enfants en les insultant et en courant derrière eux mais sans jamais les rattraper. Le pauvre monsieur, doux et pacifique, n’avait ni la force ni l’agressivité d’un taureau de corrida mais dans le monde des enfants où la raison n’a pas encore accès, la stupidité prend souvent l’avantage sur l’intelligence, sa rivale embryonnaire.

Les bêtes étaient égorgées l’une après l’autre. Il y avait six à huit personnes pour s’acquitter de la tâche. Ils entravaient les pieds, juste un peu au dessus des sabots, avec de grosses cordes puis, après avoir éloigné les enfants agglutinés tout autour pour assister à la mise à mort, tiraient de toutes leurs forces jusqu’à faire tomber l’animal. A peine le bovidé écroulé les hommes lâchaient les cordes et se ruaient sur lui pour l’immobiliser. Le boucher d’occasion sortait alors son long couteau, tranchait la gorge du bœuf puis se relevait la bouche fendue d’un ricanement d’hyène. Il affichait sur son visage, boursoufflé de graisse et de vanité, la fierté d’un Hercule venant de terrasser le taureau de Crète. Il reproduisait les mêmes gestes et les mêmes mimiques du début à la fin du sacrifice. Quelques adultes obséquieux louaient la force et la fermeté de son poignet. D’autres lui reconnaissaient l’art d’égorger proprement et le créditaient d’un savoir faire sans égal. L’égorgeur dégustait les compliments sans répondre mais ses yeux brillaient d’une effroyable lumière de satisfaction comme si les mots flatteurs de ses admirateurs l’avaient consacré grand sacrificateur.

La viande découpée est répartie en deux tas, un pour celle osseuse, l’autre pour la viande sans os. Les cœurs, foies, pancréas et reins servent de salaire à l’équipe des travailleurs composée des découpeurs et des faiseurs de parts que sont thuna. Thunt est un lot de viande devant revenir à cinq âmes. Une fois la viande répartie en nombre de lots équivalent au nombre des habitants dans lequel sont compris les émigrés de l’étranger et de l’intérieur, on procède à la distribution. Un délégué de l’assemblée villageoise désigne à chaque responsable de tribu les limites où commence et finit son nombre de lots. Le représentant de la tribu, adrum, reçoit des chefs de famille les pailles du tirage au sort sous formes de bâtons et de canes. A sa désignation par le sort, le chef de famille demande que l’objet l’identifiant soit posé sur un nombre de lots correspondant aux nombres d’âmes de sa maisonnée. Les chefs des familles de moins de cinq âmes s’associaient et se partageaient un lot. La belle époque où l’honneur était indissociable de la probité et de l’honnêteté !

Il me reste de ces jours lointains de sacrifices, religieux et païen, la haine des égorgeurs et l’aversion pour la viande rouge. La viande que je mangeais, en de rares occasions, pendant les années de guerre, n’avait pas de visage, celle d’après l’indépendance avait des yeux plaintifs et accusateurs. Les yeux morts des animaux ont continué à hanter mon enfance pendant mes années de collège. Les bouchers du chef lieu de notre commune exposaient devant leurs boucheries, parfois posées à même le trottoir, les têtes des bovins et ovins qu’ils avaient tués. Leurs entrailles pendaient sur des esses devant la porte, offertes aux mouches et aux regards des passants. L’odeur était si écœurante que je changeais de trottoir pour ne pas la subir. Les boucheries de chez nous ont une odeur caractéristique très forte. Aujourd’hui encore et rien qu’à l’odeur, je peux deviner, les yeux bandés, la proximité d’une boucherie musulmane. Un jour j’ai dit à mon père que cet étalage des têtes et des abats m’agressait et m’infligeait une immense souffrance. C’est ta sensiblerie, petite nature, qui t’agresse, m’a-t-il répondu ; sois un homme et tu en souffriras moins. Je ne suis jamais devenu un homme selon la définition de mon père. Pire ! Je suis presque un végétarien, un hurluberlu pour mon peuple avide de viande sanguinolente. Je me dis que les fruits et les légumes auraient eu plus de saveur si le Dieu du monothéisme avait donné sa préférence aux offrandes du frère cultivateur.

Paradoxalement, l’islam nouveau a fustigé nos façons de célébrer nos mariages et nos funérailles, il a fait cesser, partout où il a pu le faire, les danses thérapeutiques pratiquées dans les zaouïas mais n’a pas osé prêcher contre les rites sacrificiels. Les païens du passé et les nouveaux croyants communient de la même façon avec la barbarie et partagent la même fascination pour le sang et les sacrifices. Il y a même des Kabyles civilisés pour défendre timechrat sous prétexte qu’elle offre une occasion de retrouvailles conviviales. Lorsque quelqu’un s’étonne qu’ils excluent les femmes de ce moment convivial, ils rétorquent qu’elles ne s’en plaignent pas. A l’origine la pierre salique de Djemaâ-Saharidj, a été une tablette de doléance où les femmes pouvaient exprimer leurs souhaits, sitôt exprimés, sitôt exaucés, et c’est faute de n’avoir jamais été utilisée qu’elle a été transformée en stèle commémorant la générosité de la femme kabyle et son renoncement à la succession foncière au profit de ses frères !

Je ne sais pas ce qu’en pensent les spécialistes de l’âme humaine mais je ne serais pas étonné si l’un d’eux attribuait la cruauté de nos mœurs et notre caractère belliqueux à la banalisation de la violence par l’étalage des carcasses, des viscères, du sang et des têtes d’animaux dans nos villes et villages. On égorge l’animal et l’humain du même geste ! Si moi, je me souviens avec une immense douleur des animaux sacrifiés dans ma lointaine enfance, quels qualificatifs trouveront, pour décrire leurs cruels souvenirs, les enfants des victimes de soixante-trois, ceux d’octobre, de la décennie noire qui ont vu leurs parents ou leurs voisins égorgés, ceux du printemps Noir ayant vu leurs copains tomber sous les balles de gendarmes sensés les protéger ? La « méchante guerre et ses méchants soldats » auraient été moins blâmables s’ils m’avaient exposé à la vue du sang car j’étais un ennemi en devenir qu’il fallait dissuader par la terreur mais le «  bon Dieu et ses magnanimes serviteurs  », mais la République algérienne, « démocratique et populaire  ! » et ses bras armés n’ont aucune circonstance atténuante. Ils ont, les uns et les autres, infligé une innommable barbarie à leurs « frères » coreligionnaires et citoyens.
Les peuples majeurs parsèment leur Histoire des gloires de leurs découvertes, de leurs inventions et de leurs progrès économiques, culturels et sociaux, les minorés par leurs élites barbares souillent la leur de sacrifices, de massacres, de pogroms, de génocides. A quelle catégorie appartenons-nous ? La réponse découle de notre bilan. Avons-nous accompli plus de progrès profitables que de sacrifices vains et inhumains ? Quand bannirons-nous la violence et la cruauté de notre pays ? Vivement l’interdiction de tous les sacrifices !

Ameziane

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