27 juin 2017

Said Faci grand kabyle laïc

Il ne put devenir écrivain …

On reconnaitre ici un rebelle : il ne va pas à la mosquée, il ne fait pas le Ramadan … heureux les martyrs qui n’ont rien vu !

… Saïd Faci annonce l’écrivain Mouloud Feraoun et son fils du pauvre. Une enfance identique en Kabylie, endurance, frugalité, une terre qui nourrit à peine ceux qui la travaillent, même goût pour l’école et les valeurs de la République, une République juste, la République coloniale décevra l’un et l’autre, la même vocation institutrice, ils sont formés à l’École Normale de Bouzaréa à Alger.

Saïd Faci fait l’écrivain public dans son village. Il ne sera pas écrivain.

Instituteur, il est nommé « instituteur-adjoint indigène » dans un village des Hauts Plateaux. Territoires du Sud sous-administration militaire. Humiliation « instituteur indigène ». Humiliation lorsqu’un officier Français lui demande de le saluer militairement. Il refuse. Premier geste de résistance. Le jeune instituteur n’accepte pas les cadeaux des familles, il ne va ni au café maure ni à la mosquée, il manque de civilité et de piété. Reproches du Caïd. On apprend qu’il ne suit pas le Ramadan, il mange et il fume. Transgression insupportable au Bureau arabe, aux notables musulmans, aux parents. L’officier Français du Bureau arabe lui conseille d’être un bon musulman. Saïd Faci s’affirme « instituteur laïque » et « libre penseur », il ne sait pas lire et écrire l’arabe. Scandale.

En 1904, nouveau poste dans un village Kabyle. Il passe pour révolutionnaire.

« À l’époque, un instituteur indigène qui, comme moi, voulait régler sa vie en dehors de son milieu d’origine ne pouvait être qu’un esprit dangereux. »

Saïd Faci souffre des discriminations de l’Administration à l’égard des indigènes. Habillé à l’européenne, il porte une chéchia, le coiffeur « Je ne fais pas de clientèle arabe ». Pour les musulmans, Saïd Faci est un « renégat », pour les Européens un « bicot ». Le marabout lui reproche de porter le costume des infidèles. L’instituteur lui répond qu’il défend « la religion du bien ». Vexations diverses de l’administration de la commune mixte. Il décide de demander sa naturalisation pour échapper à cet état de sujet « un Français a le droit de commander à un indigène » lui dit son directeur. Enquête. Mésaventures. Jusqu’au 9 juin 1905 où il est déclaré citoyen Français.

En 1906 il est nommé à Bordj-Bou-Arréridj en Kabylie. Instruire les indigènes est pour lui une mission. Désormais il travaille à la défense des opprimés « les pouilleux ». Durant 20 ans, il est membre de la Ligue des Droits de l’Homme. Nombreux sont les « indigènes instruits » qui travaillent à la Ligue. On les traite « d’indigènes bolcheviks ». Démêlés avec sa hiérarchie parce qu’il se bat contre les injustices : il gagne, les fonctionnaires algériens obtiennent les mêmes indemnités de vie chère que les fonctionnaires de métropole.

Secrétaire syndical, Saïd Faci poursuit son combat pour l’émancipation et « lassimilation des indigènes ». Il fonde une revue La Voix des humbles en 1922. Pour lui, une élite indigène instruite peut jouer « un rôle civilisateur » si elle obtient le statut de citoyens pour les indigènes et si elle renonce aux préjugés et aux croyances ancestrales de la communauté qui entravent sa marche vers la modernité. Il écrit « Le statut de musulman n’est pas incompatible avec le progrès ».

L’opposition acharnée du colonat contre l’instruction de tous les indigènes et contre la citoyenneté pleine et entière accordée aux indigènes aura raison contre ces « hommes frontières » dont parle l’historienne Fanny Colonna, ces « instituteurs algériens d’origine indigène » comme les nomme Saïd Faci, ces instituteurs musulmans laïques que furent mon père, ses amis Mouloud Feraoun, Khelladi, Nouar, Berkani…

Saïd Faci meurt en 1949. Il avait quitté l’Algérie pour le Sud-Ouest de la France. Il n’était pas à Sétif, Guelma… en mai 1945, pour assister aux prémisses de la Révolution algérienne. A-t-il pressenti à travers les divers mouvements nationalistes algériens ce qui arriverait en 1954 ?

Ce texte est de l’écrivain Franco-Algérienne Leila Sebbar qui comme l’écrivain Assia Djebar eut pour père un instituteur de l’Ecole Normale de Bouzaréa durant la période coloniale.

Repose en paix Mas Said FACI, l’Algérie officielle t’enterre comme elle séquestre les ossements des héros de la libération, même le peuple kabyle, mithridatisé, ne te connait pas, mais un jour viendra, comme on a redécouvert Mohand Said Lechani, on lèvera le voile sur ton nom et un jour il figurera au fronton d’un édifice en Kabylie, en Oranie, là où il activa tant, où ailleurs, au sud-ouest de la France par exemple.

Kahina Imadghassen

3 Comments

  1. Vous faites erreur, Saïd Faci originaire de mon village « Ait Hague commune d’Irdjen daira larbaa nath Irathen ex fort national  » n’a jamais été écrivain public mais a écrit 5 livres dont le dernier qui parle du prolétariat indigène a été vendu sur e-bay en 2014 est acquis par mon gendre. Donc corrigez votre erreur!

    • Il est dit dans l’article « il fait l’écrivain public dans son village » ce qui suppose qu’il se chargeait de rédiger les courriers des uns et des autres dans son village. A l’époque il y avait bien peu de personnes lettrées en français. Il est bien dit dans l’article qu’il a créé le journal « la voie des humbles », qu’il a été instituteur etc. Je suppose que l’auteure ne connaissait pas les ouvrages publiés par Said Faci. Le plus important est d’avoir parlé de ce monsieur. Quel est le titre de l’ouvrage en votre possession ? Cordialement.

      • Bonsoir ! En effet Saïd Faci comme tous les autres lettrés du village se chargeait de la rédaction et de la traduction du courrier des citoyens analphabètes du village et cela à titre bénévole. Mais il n’a jamais exercé le métier d’écrivain public (l’écrivain public est rémunéré or lui ne l’était pas.)
        En ce qui concerne l’ouvrage acquis par mon gendre qui vit à Paris, j’ai eu l’occasion de lire quelques passages pour savoir qu’il parle du prolétariat indigène, mais je ne me souviens plus du titre exact .. je tâcherai de contacter mon gendre pour avoir le titre exact.
        Saïd Faci comme tout indigène ne pouvait pas avoir accès à une édition large des ses ouvrages et a édité à compte d’auteur 500 exemplaires de chacun de ses livres.
        Il a aussi entre autres activités, crée le journal « la voie des humbles »
        Il était laïc comme tous bon Kabyle, et considérait comme la majorité des citoyens du village que la religion est une affaire strictement personnel, ne s’était jamais donc montrer pieux mais il n’avait jamais transgresser les coutumes ni manger publiquement durant le Ramadhan.
        J’aurai aimer parler de son enfance et du financement de ses études mais je dois avoir le consentement des siens qui habitent encore au village car son unique neveu direct vit en France dans la région Lyonnaise
        Cordialement.

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