22 avril 2017

Said Sadi sur la Berbère Télévision

Pas aussi évident que ça que d’analyser entièrement les non-dits des réponses de Saïd Sadi dans un entretien (près de 02 heures) qui a manqué de fermeté et d’éléments à même de mettre dans la difficulté l’un des 24 détenus du printemps 1980 et chef du RCD depuis sa création. La réaction à chaud (encore une !) qui va suivre me vaudra encore le biscornu reproche d’agir par un esprit de revanche, voire de haine et/ou, comme toujours, ma part d’injures sur fond de menteries en guise de réponses politiques. Pourtant, ce n’est qu’une part d’une lecture, loin d’être exhaustive, et que, de toute façon, personne n’abordera.

« Si tu veux connaitre quelqu’un, n’écoute pas ce qu’il dit mais regarde ce qu’il fait » – Dalaï Lama

Samedi 29 mars 2014. Sur la Berbère Télévision, M. Sadi n’a fait que surfer sur la vague des capitulations qu’il a justifiées par un soi-disant avènement d’une époque différente (pour lui) qui imposerait d’autres positions ; argument fallacieux et obsolète repris systématiquement par les Benyounes, Ould Ali, Toumi, Zenati, Takfarinas, Djamal Allam & Co pour justifier leur à-plat-ventrisme devant le régime dictatorial. Avec ce procédé par lequel il est allé, comble d’un laïc sans laïcité, jusqu’à attribuer des vertus démocratiques aux islamistes, ses nouveaux alliés, et ce, en maquillant des réalités d’une évidence ahurissante, pour se positionner en donneur de leçon sur la démocratie et, si possible, en homme providentielle de la nouvelle fausse opposition (RCD, islamistes, transfuges du système), qui rappelle étrangement tous les regroupements de même acabit qui n’ont jamais pu s’inscrire au-delà de l’élection qui en fut, à chaque fois, l’alpha et l’oméga, tant l’incapacité à mobiliser en solo pour chaque sigle qui fait naître le besoin de se faire n’importe quel compagnon fut-il un criminel, et l’ambition suprême de chaque chef, furent le seul ciment de ces chimériques conclaves contre-natures.

Cette énième tentative (alliance avec les islamistes) de se repositionner sur une scène politique totalement discréditée au niveau citoyen, aussi bien dans son compartiment décisionnel que dans celui d’une pseudo opposition qui accumule les ratages, les mensonges, les renoncements, les contre-performances et qui est rongée en profondeur par un carriérisme éhonté de ses apparatchiks, est délibérément surdimensionnée dans le propos de Said Sadi (1) bien que la Salle Harcha n’avait même pas été comble lors de leur Sant’Egidio bis du 21 mars dernier, oubliant que, d’une part, les élections locales en Kabylie de ces 15 dernières années, les seules dont les résultats reflètent réellement le poids réel des sigles politiques Kabyles (notamment le RCD et le FFS) qui, en dehors de la Kabylie, sont quasi inexistants, et, de l’autre part, les dernières marchettes de ces mêmes chapelles partisanes, à Tizi-Ouzou même (unique fief de ces partis kabyles durant les années 90), ne souffrent d’aucune ambiguïté quant à ce constat sans appel : La Kabylie a cessé de se reconnaître dans ces sigles sans en trouver, pour le moment, un cadre de rechange, créant ainsi un désintéressement, voire un rejet massif de la chose politique. Ce vide est assiégé depuis par la clientèle du régime et par les nouveaux alliés du RCD dont le MSP (Hamas) qui, depuis une dizaine d’années, mène en Kabylie, à côté des salafistes, une offensive sans précédent d’islamisation et de dékabylisation des Kabyles.

Face à un Kamal Tarwiht, toujours aimable mais manquant de fermeté et encaissant avec une certaine pudeur des remarques pour le moins désobligeantes d’un Sadi paternaliste, distillant par intermittence, des flèches à tous les journalistes et rappelant systématiquement le jeune âge à son interviewer du jour, Sadi a versé dans une sorte de révisionnisme inadmissible pour tous ceux et celles qui ont bravé la mort et qui, pour de très nombreux militants, avaient laissé leur vie pour des idées et des positions que Sadi a royalement occultées durant cet entretien. Ainsi, son rejet de Sant’Egidio s’est vu réexpliqué par une autre raison que celle avancée à l’époque, à savoir l’exigence d’organiser Sant’Egidio en Algérie et non à l’étranger alors que, comme tout le monde le sait, la raison centrale, plus noble mais moins rentable, fut le rejet catégorique par le RCD, pour des raisons politiques et éthiques, de s’asseoir et de dialoguer avec les islamiste et les terroristes islamistes de « Rome » (2).

Le soutien du RCD à la concorde civile est tout simplement passé sous silence, pendant que son alliance avec Bouteflika entre 1999 et 2001 est présenté comme une gloire, sachant que juste après son retrait du gouvernement Bouteflika, imposé par les morts du printemps noir, le même homme politique avait affirmé, dans un entretien à Liberté «  je ne suis pas le seul a être floué par Bouteflika ». Existe-t-il l‘ombre d’une gloire pour un homme politique, opposant de surcroît, floué par un dictateur de cette taille ?

Ses participations aux 02 présidentielles (1995/2004) sont, dans la bouche de Saïd Sadi, des participations légitimes imposées par des impératifs politiques du moment et ce, bien que tout au long de l’entretien, il n’a de cesse d’affirmer que, de 1962 à ce jour, c’est l’armée et la DRS qui organisent toutes les élections ! Aussi, sa participation plus que controversée aux élections présidentielles de 2004 dans le sillage desquelles, il avait bel et bien crié, dans la presse et dans ses rencontres, du reste très peu suivies par une Kabylie encore traumatisée par les douloureux événements de 2001, qu’il avait « reçu des garanties de l’armée que Bouteflika n’allait pas passer cette fois-ci », ce qu’il a d’ailleurs reconnu devant Kamal Tarwiht, fut (sa participation NDLR), toujours selon sa propre grille de lecture par laquelle il « légitime  » et « délégitime  » les événements et les mascarades électorales en fonction de ses seules positionnements conjoncturels (intérêt ?), une nécessité qui aurait démontré que l’armée a menti ! Eurêka ! Retour ligne automatique
Il aura fallu attendre Saïd Sadi et 2004 pour se rendre compte que les généraux algériens étaient des menteurs…

Ce soir, sur la Berbère Télévision, on a eu la preuve que Sadi veut tout faire, tout se permettre et avoir toujours raison et tous ceux qui n’acceptent pas cela, seraient des amateurs de la politique ou des agents du pouvoir ; une autre bizarrerie qu’il avait longtemps reprochée à un sénile helvétique. Cet état d’esprit est d’ailleurs la référence qui inspire finalement le recours systématique au dénigrement, au mensonge, à la diabolisation et à l’anathème par les apparatchiks du RCD et par certains de ses militants et ce, dès qu’une critique consistante fuse de quelque part.

Dans le même entretien, on a eu également la preuve que Sadi est, quoi qu’on dise, le véritable patron du RCD et son récent retrait de la présidence de son parti qu’il présente aujourd’hui comme un acte pédagogique est, en réalité, en totale contradiction avec ce qu’il avait lui-même affirmé sur la même chaîne, en 2009, lorsqu’il refusait catégoriquement de considérer que ses 20 ans de présidence de son parti étaient une raison de céder sa place… un retrait qui n’est finalement que calcul pour amorcer le processus de sa réorientation politique qui doit, semble-t-il, passer par le gommage, dans l’esprit des algériens non-kabyles, de tout ce qu’il a été (kabyle, laïque, démocrate et moderniste) et qui a fait, qu’en dehors de la Kabylie, on le rejetait jusque-là d’une manière méthodique et ce, non sans servir quelques formules de circonstances du genre « nous nous sommes alliés avec personne », « nous n’avons jamais renié nos principes »… sensés rassurer ses partisans et destinées exclusivement à la consommation de l’opinion kabyle.

L’ambition du politique qui aspire à parachever sa carrière par le rêve de la consécration suprême qu’il caresse vraisemblablement chaque matin en se rasant devant sa glace, c’est de reproduire en Algérie « le printemps arabe  » qui lui est cher et d’être accepté en dehors de la Kabylie dans la perspective, peu probable pour le moment, d’une chute du régime dictatorial en place, pour que les non-kabyles daignent enfin l’accepter comme « président potentiel » de la transition, en espérant, croit-il, que ses nouveaux alliés islamistes et autres, le désigneront à ce poste par « consensus »… N’est-elle pas belle la vie, quand l’amour la domine !

Autant rêver tant que ce n’est pas interdit. Sauf que certains rêves sont des cauchemars qui font mal et le résultat sera toujours le même : Il a déjà perdu l’essentiel de la Kabylie sans jamais pouvoir se faire adopter en Algérie. Aït-Ahmed est passé par là et il est loin d’être le seul Kabyle à l’avoir fait.

Allas DI TLELLI

Notes :

(1) Il suffit de revisiter son parcours pour se rendre compte qu’il use de la même formule à chacune des initiatives où il est impliqué, à savoir « c’est la première fois dans la vie de la nation depuis 1962 qu’une telle initiative ait pu se réaliser », « cette fois-ci, le pouvoir vit ses derniers moments… »…etc

(2) A titre de rappel, Anouar Haddam a revendiqué plusieurs attentats terroristes du GIA dont l’un des plus meurtriers, celui du boulevard Amirouche (Alger). Rabah Kebir, porte-parole du FIS à l’étranger, justifiait les carnages du GIA… et Sant’Egidio qualifiait les terroristes islamistes, aile militaire du FIS, « d’opposition armée ».