22 juin 2017

Sarkozy, un chrétien pas très catholique

Nicolas Sarkozy est l’animal politique ultime.

Je ne vois personne d’autre parmi nos gouvernants actuels qui possède à ce point cette rage de gouverner, non pas tellement pour servir les intérêts du pays, mais bien plus pour assouvir cette soif animale de se retrouver à la tête de l’État.

Sarkozy ne renoncera jamais tant il sait au plus profond de lui-même que sa vie, si elle doit se passer à l’ombre de l’Élysée, loin des lieux de décision, n’a plus de raison d’être : elle ne sera qu’une suite monotone de jours que rien ne parviendra a égayer.

Ni Carla, ni Johnny, ni le PSG. Ni Dieu pas plus que le Diable. Ni les Évangiles et encore moins la Bible.

Sarkozy n’a d’autre passion que lui-même, d’un lui-même placé dans le chaudron bouillonnant des affaires publiques, au milieu du tumulte de l’actualité, dans le cœur de la mêlée où palpitent les pulsations de notre monde.

Hors de ces sphères d’influence, il n’existe pas.

Il s’ennuie, il se morfond, il est comme ce général d’infanterie qui ne trouve son bonheur et son équilibre que lorsque les canons se mettent enfin à tonner :  il lui faut de l’agitation, du mouvement, du chaos afin de sentir vivant, utile voire indispensable.

Sa nervosité est celle du grand fauve qui n’a rien eu à se mettre sous la dent depuis la dernière mousson.

Sa quête du pouvoir s’apparente avant tout à une quête existentielle, une obsession maladive, quasi-primaire de se retrouver au premier rang, de commander, de se persuader qu’il peut influencer, par son intelligence, sa force de travail, son opiniâtreté, le cours des choses, d’être une sorte de démiurge en prise directe avec la vie des hommes, de danser avec Hillary, de s’enivrer avec Vladimir, de jouer au badminton avec Angela.

Il faut le dire, cette rage, cette soif, ce besoin de pouvoir a quelque chose de fascinant.

Surtout quand on la met en perspective avec la tiédeur de ses concurrents, toutes obédiences confondues, dont aucuns n’exaltent cette même voracité à gouverner, cette identique appétence pour le pouvoir, cette égale détermination à parvenir à ses fins.

L’autre soir, à Saint-André-Lez-Lille, Sarkozy a encore sorti un de ces discours dont il a le secret : une ode à la France millénaire, aux racines chrétiennes du pays, au danger du communautarisme, à la préservation de nos acquis, de notre mode de vie, à la menace d’une islamisation de notre société.

C’était, il faut le dire, hautement comique.

Associer Sarkozy à l’idée de chrétienté, c’est comme de convaincre DSK de prôner l’abstinence : une impossibilité cosmique.

Sarkozy doit se sentir aussi chrétien que moi papiste.

D’ailleurs l’idée même de religiosité attachée à sa personne relève de l’escroquerie intellectuelle : Sarkozy doit se soucier de Dieu ou de questions spirituelles comme moi je me préoccupe du sort du commerçant de Nemours à l’heure de la montée des eaux.

Sarkozy est un pragmatique à tendance parfois populiste : il dit aux gens ce que les gens veulent entendre. Ni plus, ni moins. Il sera aujourd’hui chrétien, demain athée, le surlendemain franc-maçon, et il se convertira au bouddhisme si nécessité se fait sentir.

Sans jamais se renier puisque sa morale ne s’assoit sur aucun socle assez puissant pour l’empêcher d’emprunter des sentiers de traverse.

Comme il a l’intelligence vive, il a une capacité d’adaptation toute aussi grande.

Il va là où le vent souffle, il ne cherche pas imposer ses idées tant il en a peu de bien arrêtées, il ne tient pas à imposer ses points de vue tant ces derniers fluctuent, il cherche juste à trouver la formule adéquate pour s’attirer le plus grand nombre de suffrages.

Si j’étais Juppé, je commencerais à m’inquiéter.

Sarkozy ne renoncera jamais.

Il est comme ces Don Juan priapiques qui, même sur leur lit d’hôpital, au bord de l’abîme, dans le couloir de la mort, continueront jusqu’à la dernière minute à convoiter les faveurs des aides-soignantes.

Et tant pis si cette conduite ne répond pas aux canons de la chrétienté !

Laurent Sagalovitsch

1 Comment

  1. Je suis profondément d’accord avec cette analyse des tréfonds de l’ex-homme providentiel de 2007.. La pulsion de pouvoir (pouvoir, tout est dans ce mot comme négation de l’impuissance) existentielle chez lui est bien expliquée par votre article. Ce n’est pas ce qui le rend sympathique, loin s’en faut, ni même extraordinaire.. la volonté de puissance est une force qui anime tout le monde, j’ose dire y compris les animaux et les plantes. Ce qui rend Nicolas Sarkozy moins ordinaire c’est la persévérance qui l’anime, malgré ou à cause des tombereaux de détestation qui se sont déversés sur lui..

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