22 juin 2017

Sénèque félicite Lucilius et l’encourage a persévérer

Je me sens grandir, je triomphe, et mon vieux sang se réchauffe, quand vos actions et vos écrits me montrent combien vous vous êtes surpassé vous-même ; car dès longtemps vous aviez laissé la foule derrière vous. Si le cultivateur voit avec joie ses arbres fructifier, le pasteur ses troupeaux multiplier ; si une mère regarde comme son ouvrage l’enfance du fils qu’elle a nourri ; quelle sera, dites-moi, quelle sera l’allégresse de celui qui, après avoir élevé une âme, après l’avoir façonnée tendre encore, la voit tout à coup au plus haut degré de perfection ! Je vous revendique : vous êtes mon ouvrage. Dès que je remarquai vos dispositions, je mis la main sur vous, je vous exhortai, je vous aiguillonnai ; je n’ai pas laissé votre ardeur se ralentir, je l’ai ranimée de temps à autre, et je le fais encore – mais j’exhorte un homme qui court, et me rend mes avis. – Que puis-je, selon vous, vouloir de plus ?

C’est beaucoup, j’en conviens ; un ouvrage commencé est un ouvrage à moitié fait ; ceci est vrai, même pour la sagesse c’est déjà un grand progrès dans la vertu, que de vouloir devenir vertueux. Savez-vous de quelle vertu je parle ? de cette vertu parfaite, accomplie, à l’épreuve de la violence et de la nécessité. Je la vois chez vous en perspective ; mais persévérez, redoublez d’efforts, veillez à ce que vos paroles et vos actions s’accordent, se répondent, et soient, pour ainsi dire, frappées au même coin. L’âme est mal dirigée, quand il y a désaccord entre ses actions.

Sénèque Lettres à lucilius

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