Smaïl Medjeber et Masin u Harun subiront les affres de la torture

Spread the love

L’affaire des poseurs de bombes d’El Moudjahid a fait couler beaucoup d’encre. Pour d’aucuns, Masin u Harun, Smaïl Medjeber, Houcine Cheradi, Lounès Kaci, étaient des saboteurs, pour beaucoup d’autres ce sont des exemples de courage, d’engagement et de patriotisme.

Le 25 décembre 1975, une machination orchestrée par la police politique aboutira à l’arrestation d’opposants au pouvoir. Parmi eux se trouvaient Smaïl Medjeber et Masin u Harun qui seront accusés d’activités « berbéristes » et subiront les affres de la torture. Medjeber et Harun seront condamnés le 4 mars 1976 par la Cour de sûreté de l’État (tribunal d’exception) respectivement à la peine capitale et à la réclusion à perpétuité. Harun avait plaidé le droit à notre langue, à notre culture, à notre liberté, à nos droits élémentaires. Le verdict prononcé à son encontre lui coûta la liberté pour le quart de sa vie.

Masin u Harun était un irréductible, son parcours nous interpelle tous. Masin u Harun a renoncé à sa vie pour la donner à notre peuple. Masin qui préféra ne pas recevoir les visites familiales, plutôt que de se soumettre au diktat de l’administration du sinistre pénitencier de Lambése qui lui refusait de parler en kabyle avec sa famille. Sa mère qui devait faire plus de 1200 km pour se voir interdire de parler dix minutes en kabyle. Dix minutes pour voir son fils, dix minutes qui coûtèrent la vie de sa mère décédée dans un accident de la circulation sur la route de la prison de Tazoult-Lambèse où il était détenu.

Masin U Harun, né en 1949 à Tifrit près d’Akbou, a dû, comme tous les jeunes de son âge, subir les affres de la guerre d’Algérie qui l’a marqué ; son père y a laissé sa vie.

Lycéen à Dellys, Masin u Harun activait pour la défense et la promotion de la langue kabyle. Il était en contact avec l’Académie berbère à Paris. Son action n’était pas limitée seulement au lycée technique de Dellys, mais s’étendait aussi aux villageois de la région d’Akbou.

Lors de son séjour en prison, et malgré les supplices et tortures endurés, Masin u Harun a consacré son temps à l’écriture de poèmes et de nouvelles.

En 1976, il écrit une adaptation de La cigale et la fourmi de La Fontaine qu’il intitule Tawett’uft d wemceddal (la fourmi noire et la fourmi rouge). En mars 1979, il compose Abrid umezruy (Le chemin de l’histoire) qui est un véritable appel à la révolte. Ce poème a eu un grand succès et a été publié par la revue Tafsut (n° 12, décembre 1988) ; il a été également chanté par la chorale de la troupe de théâtre Meghres de l’Université de Tizi-Ouzou avec une musique de Nabil Toua.

De nombreux autres poèmes ont été composés par Masin u Harun en prison : Ay izerman, Ur nelli d Imazighen, Izlan iwaziwen, Ruggel, ruggel…, etc. Pendant toutes les années qui ont suivi, Masin a diffusé ses œuvres sous forme de brochures photocopiées. Il nous a quittés le 22 mai 1996, suite aux tortures subies en prison, après une vie consacrée au combat pour notre langue, notre identité et notre liberté. Une vie semée d’embuches et d’épreuves de toutes sortes en réponse à son courage.

Sa disparition a été vécue comme un cauchemar par de nombreux Kabyles qui voyaient en lui le symbole de la renaissance de notre combat. Son action militante révolutionnaire restera gravée à jamais dans notre mémoire.

Alger voulait décapiter la Kabylie

Après leur sortie de prison, Masin et Smaïl cassés, traumatisés par les privations et les tortures, ont vécu dans une misère extrême sans aucune aide de ceux qui pouvaient le faire. En 1983-1984 à l’université de Tizi-Ouzou, beaucoup de militants et de vétérans de la cause amazigh ont refusé de les assister. Lounès Matoub a été le seul a avoir eu le courage de les aider.

Masin et Smaïl avaient compris, très tôt, que la dictature algérienne visait à décapiter la Kabylie. Ces militants ont posé les jalons du printemps kabyle.

Leur sacrifice et leur courage sont des sources d’inspiration pour les jeunes de Kabylie assoiffés de liberté. Leur apport dans notre combat contre l’apartheid arabo-islamo-baathiste égal celui de Nelson Mandela.

Smaïl Medjeber, né en 1950 en Kabylie, a fondé la revue ABC Amazigh en 1996. Auteur d’un ouvrage en kabyle intitulé Il faut des ambulanciers de la langue amazighe, il est l’un des fondateurs de la revue Itij. Il a fait 11 ans et demi de prison.

Smaïl Medjeber rongé par la maladie, la démarche hésitante, le dos cassé après avoir dormi nu pendant des années sur les sols froids des cachots de Lambèze, se retrouve aujourd’hui dans la gêne.

C’est maintenant à nous d’agir, nous ne devons pas oublier ces grands militants de la première heure et faire en sorte de les aider.

J’invite les internautes à lire l’appel d’un site ami [imyura.net] afin de permettre à Smaïl Medjeber ainsi qu’à la veuve et aux enfants de Masin u Harun de vivre dans la dignité.

Nous appelons les démocrates, les humanistes, les Kabyles éparpillés dans le monde, à verser ne serait-ce qu’un euro ou 1 dollar par personne.

Nous pouvons et nous devons améliorer leur sort

En aidant Smaïl, la veuve de Masin et ses filles, nous leur montrerons que le combat de ces héros de notre cause ne fut pas vain.

La rédaction

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *