Takfarinas a tenté vainement de se justifier sur Youtube

Nous l’avions dénoncé au soir même de sa fameuse sortie médiatique à la télévision de l’Etat algérien (Takfarinas au secours du pouvoir algérien). Nous aurions tant aimé, une fois de plus, nous tromper et une fois de plus, nos soupçons se sont confirmés. Le chanteur Takfarinas a été poussé, par la large indignation populaire, à publier une intervention (vidéo) sur Youtube qui se voulait une justification de son dérapage politique. Beaucoup avaient cru qu’ils allaient découvrir des excuses publiques. Que nenni, la suffisance et l’orgueil sont passés par là. Après visionnage, on a envie de lui dire une seule chose : « Takfa, tu as raté une précieuse occasion de te taire ». Nous avons voulu revenir sur cet épisode pour répondre d’une certaine manière au propos de ce chanteur mais aussi, en raison du lancement de sa tournée que nous avions vue venir de loin au soir de son appel au vote.

https://www.youtube.com/watch?v=rU39rl0KBso&feature=endscreen&NR=1

Le chanteur se dit soulagé d’avoir pu s’exprimer (sur Youtube) suite à son appel au vote avant la dernière mascarade des législatives algériennes du 10 mai 2012 et pour cause, selon lui, ça lui aurait permis d’étaler ses vérités qui auraient pu être ignorées par le public au cas où « il eut été exécuté par un militant Kabyle dont on louerait ensuite le courage ! » Rien que ça !

Depuis quand les Kabyles assassinent-ils les valets du Pouvoir ? Si tel était le cas, notre chanteur aurait certainement réfléchi à deux fois avant de se faire l’apôtre du régime algérien en appelant au vote avec une note de menace à peine voilée pour ceux qui ne voteraient pas, insinuant qu’ils porteraient la responsabilité quant au péril qui, selon sa science infuse, guetterait l’Algérie au soir de l’énième faux scrutin.

Dans un langage des plus désespérants, Ahcène Zermani étale toute son ignorance de la chose politique. Et pour cause, après avoir appelé les gens à aller voter dans les circonstances et avec les mots décrits plus haut ; un acte (le vote) présenté avec insistance comme « un devoir » et ce, comme par magie, suite à la remise du trophée par Khalida Toumi (!), Takfa marque le pas après la déferlante de réactions ayant exprimé l’indignation des Kabyles (et pas seulement) en jouant piètrement sur les mots au point où, par moment, il fait vraiment pitié. « Le vote est un devoir, mais celui qui n’a pas envie de voter, c’est son droit, moi, je n’ai pas appelé à voter pour quelqu’un, j’avais juste appelé à voter… ». Autant dire que le chinois est plus intelligible pour les Kabyles que ce propos cocasse qui, au final, ne dit absolument rien et ce, au-delà même de la bizarrerie qui, dans d’autres situations, aurait choqué, puisque tout le monde savait qu’appeler au vote (Est-ce le rôle de Zermani ?) Était synonyme d’un soutien implicite au Pouvoir qui, lui-même n’ayant cure du choix des électeurs, la fraude étant une constante nationale, sa phobie était plutôt l’abstention qui exprimerait le rejet populaire de la mascarade électorale et, par voie de conséquence, du régime algérien dont Takfa venait de recevoir un trophée ! Quant à la démocratie qui revient dans la bouche de Takfa comme un leitmotiv, il a du louper une époque pour ignorer à ce point qu’on parle d’un pays où la démocratie n’a jamais existé.

Aussi, « vendre son âme au diable » ce n’est pas seulement recevoir un sac de billets d’argents sous la table, loin de la vue de tous, c’est aussi accepter de s’afficher officiellement avec les cercles du Pouvoir en place qui, faudrait-il le rappeler à notre chanteur « dégagé  », est considéré, dans le monde et à juste titre, parmi les plus corrompus et les plus arbitraires. Nous serions dans une démocratie, le soutien au régime de Takfa aurait été perçu autrement car en démocratie, apporter son soutien à quelque politique que ce soit est respectable. En revanche, s’acoquiner publiquement avec les cercles d’une dictature, recevoir « ostentatoirement » un trophée de celle-ci et exprimer un soutien politique télévisé à l’option de cette même tyrannie, si cela n’est pas « vendre son âme au diable », on se demande bien quel autre forfait faudrait-il bien commettre pour que ça soit cela !

En effet, le fait de s’afficher à travers les médias lourds, voix officielle du régime, qui marginalise et exclu la crème de notre culture (Pourquoi Matoub ne passe-t-il toujours pas à la télé algérienne qui, pourtant, ouvre grandes ses portes à Takfa, Aït-Menguellat et consorts ???), ces mêmes médias lourds qui avaient traité, dans le JT, les marcheurs d’un certain 14 juin de « sauvages étrangers qui sont retournés sur leurs montagnes après avoir tenté de détruire notre capitale », cette même Télévision qui désinforme, qui manipule, qui endoctrine, qui islamise, qui arabise non seulement l’Algérie (ce qui est quasi fait) mais surtout la Kabylie et ce quotidiennement et depuis toujours ; la cadence, c’est vrai, est montée d’un cran avec l’arrivée (on ne sait d’où) de Bouteflika, le mentor de la ministre de l’inculture qui tue la culture authentique qui, elle, est depuis des décennies en agonie, à coup de festivals-zerdas budgétivores qui servent à corrompre et à acheter la clientèle du régime en soudoyant des chanteurs de basse-cour pour utiliser leur image dans sa communication politicienne, ce dont Takfa est conscient et qu’il tolère, ce qui est en soi synonyme de « YENZA ».

Peut-on imaginer un seul moment le galactique Matoub dans un tel rôle ? Assurément pas, car pour lui, la dignité ça ne se négocie pas, ni par l’argent, ni par les caméras manipulatrices du pouvoir, ni par les trophées de cette même dictature coupable d’assassinats, de tortures, de mutilations à vie de milliers de Kabyles, de mépris, d’arabisation, d’islamisation, de paupérisation… en direction de cette Kabylie meurtrie, abandonnée, trahie et placée sciemment dans une logique de non-développement durable… Le seul trophée qui vaille pour un homme intègre de la trempe de Matoub c’est incontestablement le TROPHÉE de son peuple car celui-ci est authentique, sincère et éternel. Ceci est, évidemment, loin, trop loin de la logique Ahceniste ; Takfarinas étant un pseudo qui ne correspond point au personnage.

Chanter Tamazight (cela booste aussi les ventes d’albums), prendre quelques positions plus ou moins correctes par le passé… ne justifie aucunement les retournements de veste d’aujourd’hui, loin s’en faut. Les airs d’innocence destinés à émouvoir et à faire pleurer dans les chaumières ne sont qu’un artifice de plus de quelqu’un qui, en perte de vitesse, a accepté de troquer son image contre des passages à la télé, un trophée du pouvoir (c’est loin d’être un trophée de la patrie comme il tente de le faire passer) et surtout, ce que nous avions laissé suggérer sur notre site, la principale contrepartie, en dehors de l’argent qui accompagne le trophée (ou l’appel au vote) dont on ignorera toujours le montant, serait finalement ce que mendiait Takfa au Pouvoir, depuis des années, à savoir la mise à sa disposition des moyens nécessaires et des principaux stades d’Algérie pour une tournée ; ce qui a toujours été refusé par les services de sa gentille ministre Toumi, d’ailleurs le refus, ou plutôt l’absence de réponse de la part de ces autorités avait fait l’objet de dénonciation de la part de Takfa… C’est désormais chose faite, puisque sa tournée vient de lui être accordée (1) et le la sera donné en ce mois d’aout, plutôt en ce mois de ramadhan, au stade Oukil Ramdane de Tizi-Ouzou.

Au vue de l’ennui sidéral qui ronge la Kabylie en ces temps de canicule, d’incendies criminels, de chasse aux non musulmans (2) coupables de se nourrir en diurne, au vue également de l’incroyable campagne publicitaire, payée par l’État, qui bat son plein en ce moment même (Posters géants, spots publicitaires sur la radio et la Télévision, placards dans la presse écrite… etc.) gageons que l’affluence sera considérable et que tous les moyens seront mis à sa disposition dont une couverture médiatique conséquente par la Télé algérienne et ce, comme prévu dans le « pacte obscur ». Dans de telles situations, la dictature tient toujours ses promesses.

Allas DI TLELLI
(1) La demande de Takfarinas accordée : Il aura sa tournée bien encadrée par les autorités.
Nota Bene : Le journal El Watan exige aux visiteurs de son site web d’ouvrir au préalable un compte avant d’avoir le droit de consulter ses archives.

(2) Je récuse le terme de « non-jeûneur » qui sous-entend un musulman qui enfreint la règle islamique du jeûne. Or, il s’agit souvent d’athées, de chrétiens et autres qui ne sont concernés, ni de près ni de loin, par le mois de ramadan en particulier et par l’islam en général.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *