Un enfant de Jésus-Christ de Kabylie

Interview de Saïd Azzoug, enfant de Jésus-Christ en Kabylie.

Un homme simple. Un humain avec une âme sincère et peut-être un peu naïf dans ses croyances, courageux dans ses engagements nous livre brièvement un parcours d’un chrétien dans un milieu musulman des plus durs et des plus hostiles par ses côtés intolérants.

Kabyles.net : Présentez-vous ? Comment êtes-vous venu au christianisme alors que les conjonctures de l’époque ne s’y prêtaient pas et que les croyances parentales étaient musulmanes ?

S. Azzoug : Je m’appelle Azzoug Saïd, j’ai soixante ans et je vis à Draa-Ben-Khedda, Tizi-Ouzou. Je suis né dans une famille musulmane qui était bien ancrée dans le maraboutisme. J’ai trois arrières-arrières grands-pères qui ont été élevés dans des zaouias d’une grande renommée en Kabylie. Il s’agit des zaouias de : Sidi Ali Moussa — Maatkas, Zaouias de Djedi Mansour et Vava Ouali — Tirmitine et enfin la zaouia de Sidi Ali Vounav-Tadmaït.
Comme tout jeune « marabout », j’ai suivi quelques cours sur l’islam dans ces zaouias, sans plus.
J’ai toujours vénéré ces zaouias, ces hauts lieux du maraboutisme, et surtout la zaouia de Sidi Ali Moussa. J’ai même mangé la terre de ce « mort », à la coupole takouvets.
Aujourd’hui, je rends grâce à Dieu qui m’ a pardonné cette abomination. Merci seigneur.
Je fus baptisé le 26 octobre 1992 aux Ouadhias par un pasteur anglican Américain.
Et en l’An de Grâce de l’année 1992, j’ai rencontré mon sauveur et seigneur Jésus-Christ de Nazaret. J’ai « épousé » la foi en Christ et non la foi chrétienne, car il y a une différence énorme.
Comme nous le savons tous, l’Algérie est musulmane de par sa constitution. L’islam est la religion de l’État et de ce fait tout Algérien est considéré musulman.
Je n’ai jamais cherché à changer de religion, c’était venu comme çà.

La foi en Jésus-Christ et la foi chrétienne sont différentes comment ?

S. Azzoug : Il y a la foi en une personne qui est Jésus-Christ et puis il y a la foi chrétienne qui est un ensemble de doctrines religieuses.

Pourquoi justement enfant de Jésus-Christ

S. Azzoug : Tout simplement, Jésus nous appelle « Petits-enfants ».

Votre conversion s’est faite durant les années noires de l’Algérie, en seraient-elles les causes ?

S. Azzoug : Durant les années 1990, les tueries, les atrocités commises au nom de l’islam auraient pu être les causes de ma conversion au christianisme mais il n’en fût rien du tout. J’ai reçu un appel de Dieu lui-même pour le suivre et c’est ce que je fis. Un jour de l’année 1993, j’ai prêché l’Evangile du Christ en face de la grande mosquée de la ville. Alors que je parlais de Jésus-Christ, des terroristes égorgeaient des militaires à quelques pâtés de maison.

Durant ces années, il y a eu beaucoup de morts dans notre pays qui furent perpétré au nom de l’islam. Cela me faisait mal. Dieu a donné la vie et les hommes ôtaient cette vie.

Justement, ce ne serait pas une provocation gratuite de votre part…

S. Azzoug : A ma conversion à la vraie foi, je n’ai jamais pensé à ce qui m’arriverait. J’ai fait confiance à Dieu. C’est dire le courage que j’avais en ces moments-là. Etre chrétien dans des moments aussi dangereux c’était de la folie ou bien que la foi en Dieu est plus puissante. Alléluia !

Pouvez-vous nous faire un bref historique du christianisme en Afrique Du Nord ?

S. Azzoug : Les Imazighen animistes ont épousé la foi chrétienne sans pour autant renier leurs primitives croyances. Le donatisme a vu le jour en Afrique du Nord et l’universaliste penseur Saint Augustin est bien de chez nous. Cela pour vous dire que le christianisme s’était bien implanté dans les croyances de mes ancêtres comme a été le cas du Judaïsme.

Qu’en est-il en 2010 ? En nombre des pratiquants et des lieux géographiques où ils sont prédominants ?

S. Azzoug  : Aujourd’hui, en 2010, il y a beaucoup de conversion au christianisme. Dans les années 1990 /2000, le réveil à l’Evangile se faisait seulement en Kabylie. Beaucoup de contrées en Algérie ont reçu le Message malgré les persécutions que subissent les chrétiens de la part de certains Algériens musulmans. Et au vu de ce nombre toujours croissant de conversions à la foi chrétienne l’État Algérien a promulgué une loi en 2006 interdisant les rassemblements de famille chrétienne pour célébrer leur culte.

Comment évolue la foi chrétienne dans les lois algériennes et plus précisément celle du 20 Mars 2006 ?

S. Azzoug : L’état veut autoriser les communautés chrétiennes qui sont agréées par leur service, ce qui est un emprisonnement de notre foi. Dès lors que la constitution algérienne, dans son article 8 reconnait la liberté du culte, c’est une absurdité que de demander une autorisation pour adorer Dieu le Créateur de tout ce qui visible et invisible !

Et dans le monde musulman d’une manière générale ?

S. Azzoug : Dans les pays musulmans, il n’existe pas de liberté du culte. Aucun pays arabe ou musulman ne tolère sérieusement la foi chrétienne. En Arabie Saoudite, un chrétien n’a pas le droit de pénétrer dans le périmètre défini de la Mecque. Mais, un vent de changement souffle actuellement dans le monde, un vent de foi en Jésus-Christ. Car comme il est écrit dans la bible (La vraie parole du Dieu vivant) : Peuple qui marche dans la longue nuit, le jour va bientôt se lever. Amen !

Peut-il y avoir un espoir de convivialité et de paix entre les religions à l’ère de la globalisation ?

S. Azzoug :

Vous ne voulez pas répondre ?…

S. Azzoug :…

Entretien réalisé par Daamghar