Un jour où l’autre, la Kabylie reconnaîtra les siens

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C’est vieux comme le monde : convoquer le sentimentalisme pour justifier la démission et la fuite.

Les larmes d’une mère sont toujours pénibles à voir mais, si le monde s’était accroché depuis le début à la sensibilité d’une mère, il n’y aurait plus de droits, de civilisations, d’égalité, de démocratie, de dignité… En somme, le monde humain aurait disparu depuis longtemps. Pour éviter que des mères ne versent des larmes, tous les braves, tous les martyrs, tous les justes, de par le monde, qui ont bravé la mutilation, la torture et la mort pour briser le joug et la tyrannie auraient renoncé et la tyrannie aurait régné en maître absolu sur le monde, produisant peur, misère et injustice, en finissant par anéantir totalement l’espèce humaine avec les larmes de toutes les mères de monde que ce genre de pacifisme béat n’aurait pas empêché.

La mère de Jugurtha a pleuré son fils enfermé dans une cellule à Rome où il rendit l’âme. La mère de la reine Kahina a pleuré sa fille, belle comme le soleil, qui a préféré lutter pour la liberté que de se soumettre à des barbares qui lui ont, au final, coupé la tête qu’ils ont expédiée au calife établi à Damas. La mère de Koceila a certainement pleuré à chaudes larmes. Les milliers de mères des garçons et des filles tombés à Icheridhen en 1857, les milliers d’autres morts de 1871, les mères des 45 000 victimes de 1945 à l’Est de la Kabylie , les mères du groupe d’étudiants berbéristes en 1949, les mères de tous ceux et celles qui sont tombés entre 1945 et 1962. La mère de Abane Ramdane et des milliers d’anonymes, les mères des milliers de morts de la crise de l’été 1962, les mères des martyrs de 1963, celles de l’ère Boumediene, la mère, si elle vivait encore en 1970, de Krim Belkacem, celle de Khider… La mère de Massine Haroun a, des années durant, pleuré son fils condamné à perpétuité à Lambèse (Aurès) ; elle mourut dans un accident de voiture en allant lui rendre visite. Les milliers de mères des enfants d’octobre 1988, les mères des 150 000 à 200 000 victimes de l’intégrisme islamiste, la mère de Tigziri, celle de Yefsah, celle de Djahnine, celle de Katia Bengana qui a rejoint sa fille l’année dernière. La mère de Lwennas qui a eu la mort qui sied aux titans de la dignité. Les mères des victimes de 2001… Toutes ont versé de chaudes larmes et ont, en majorité, poussé des youyous stridents qui ont déchiré le cœur de ceux qui les ont vu pleurer et qui, parce qu’ils les ont vu pleurer, ont décidé de reprendre le flambeau, contrairement à Zimu & Co qui ont préféré chanter « la paix des braves » ou la « pax romana » comme l’appelle si joliment Allas Di Tlelli.

Voyez-vous, il y a deux catégories d’hommes et de femmes :

Il y a d’abord ceux qui préfèrent vivre en ignorant l’indignité qui s’abat sur eux en appelant cela « sagesse » ou encore, « amour de la paix ».

Ensuite, ceux, que ces morts interpellent vraiment et pour qui l’indignité et l’injustice ne devront pas être encore là quand les générations futures arriveront. Générations qui voudront vivre, aimer profondément la vie et la paix mais, en hommes et en femmes libres. Générations qui choisiront de continuer la lutte pour que tous ceux qui sont morts ne soient pas trahis et pour que nos enfants et nos petits enfants puissent vivre dans une véritable paix en homme libres et en hommes et en femmes debout.

A chacun de voir où il se retrouve, car, malheureusement, il n’y a pas d’autres catégories possibles.

Tawes d’Alger

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