Vacance en Kabylie

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Vous avez bien vu, le mot est au singulier. Nous allons montrer que la situation décrite ne manque pas de singularité : c’est la vacance d’un Pouvoir au demeurant autoritaire, l’absence d’un État qui refuse délibérément d’assurer la sécurité des citoyens pour les punir de s’être révoltés contre l’arbitraire.

Je m’alourdis sur le fait qu’il n’est pas question de vacances à passer en Kabylie, ce serait plutôt à déconseiller. Non que cette région ait perdu de sa splendeur : les paysages sont toujours aussi fascinants, la luminosité aussi intense quand le Djurdjura ne fronce pas les sourcils.

Il s’agit de la vacance de la sécurité. Pour la population kabyle, le danger ne vient plus des intégristes musulmans : Sourd à l’appel présidentiel à la réconciliation nationale, le GSPC continue à s’attaquer aux seuls militaires et policiers. Mais le banditisme bat son plein.

Cet été, il y a eu trois kidnapping : le fils d’un imprimeur de Mirabeau (un Yaker) ; un membre de la famille Haddad, un entrepreneur de travaux routiers qui, entre parenthèses, a réalisé en un temps record le revêtement de la route Fort National Michelet ; le troisième est un entrepreneur dont je n’ai pas retenu le nom. Les trois kidnappés ont été libérés contre rançon. Impuissance ou indifférence de l’État.

Ces crimes n’ont pas ému outre mesure la population qui n’a retenu que l’existence de milliardaires dans cette région où domine la pauvreté. Cependant, les vols à main armée provoquent la colère et l’indignation. Si vous circulez en voiture pendant la nuit, vous risquez de trouver la chaussée barrée avec de gros blocs ; des hommes armés de kalachnikovs vous font descendre, vous prennent votre argent et vous ordonnent de déguerpir sans vous retourner.

Cela s’est produit notamment à deux reprises sur la route nationale Tizi Ouzou – Fort National en bas du village de Adeni, à 8 km de la gendarmerie de Tamazirt. C’est ici que le bât blesse : la gendarmerie est toujours habitée par des gendarmes mais ceux-ci ne font aucun travail depuis que les arouchs ont exigé le départ des brigades de gendarmerie après les émeutes et la répression d’avril 2001.

Rappelons que la population ne pouvait plus supporter les vexations que lui infligeaient les gendarmes dont certains se conduisaient comme en pays conquis. Sans parler de leur arrogance et de leurs abus de pouvoir.

A présent, les gendarmes « hejvene » sur ordre de leurs hiérarchie.. Pour punir la population, les Autorités laissent le champ libre au banditisme. Selon une source digne de foi, un haut responsable de la gendarmerie aurait déclaré que la sécurité ne sera assurée que lorsque les Kabyles demanderont à genoux le retour des gendarmes en Kabylie. Sauf changement radical de mentalité, les Kabyles ne s’y abaisseront jamais. Alors, le danger va-t-il s’éterniser ? Nullement si les Kabyles tirent les conséquences de la démission de l’État.

Il s’agit, pour chaque village, de constituer un groupe de vigilance qui assurera la sécurité dans son ressort territorial. Les membres de ce groupe seront sélectionnés pour leur civisme, leurs aptitudes physiques, leur bonne moralité. Ils recevront des armes, des munitions et des indemnités de la part de l’État. Ils seront choisis par le Comité de village qui contrôlera leur activité. Les démarches auprès des walis seront effectuées par les élus locaux. Plutôt que de courir derrière une illusoire démocratie pour l’ensemble de l’Algérie, les acteurs politiques Kabyles doivent se mobiliser pour la sécurité des citoyens. Win ivγan ad ixdem lewqam ad izwir deg at wexxam.

Maintenant, de deux choses l’une : soit l’État accède à ces demandes et la sécurité ne tarde pas à revenir ; soit il les rejette et la population prend seule ses affaires en main. Ainsi elle prouvera que les traditions de courage, de dignité, de solidarité sont toujours vivaces en Kabylie.

Hocine Benhamza

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