Vie et croyances des Berbères (II)

Origines.

Rappelant que l’histoire des Berbères prolifique couvre quelques 50.000 ans, depuis au moins l’avènement du Paléolithique supérieur (marquant l’apparition de l’Homme moderne en Europe) jusqu’à la maîtrise des métallurgies (les âges des métaux, au seuil de l’Histoire) en passant par le développement des dernières sociétés de chasseurs (Mésolithique) et les premières sociétés agro-pastorales (Néolithique). Cet espace a considérablement intéressé l’Europe du sud et le pourtour méditerranéen, l’étude des mondes extra-européens étant principalement orientée vers le continent africain, lequel offre un remarquable terrain d’archéologie comparée. Dans chacun de ces contextes chronologiques et/ou géographiques, la réflexion s’articule, évidemment, autour de trois axes privilégiés, qui constituent donc autant de filières : l’étude des outils et l’art préhistorique, celle des traditions techniques, celle des relations des sociétés avec leur environnement.

Il est reconnu que l’une des sources principales pour parvenir à ces trois axes est l’archéologie. En effet, le passé des Nord-Africains et de tout le continent, dort sous leurs pieds encore aujourd’hui, mais comment l’exhumer sans archéologues ? Or ceux-ci demeurent en nombre très insuffisant. Certes, les effectifs se sont accrus pendant un certains nombre d’années à l’époque coloniale, mais la main mise de celle-ci sur les formations : écoles, chantiers, programmes, a limité l’accès de nombreux Nord-Africains à la discipline archéologique ; ensuite les gouvernements successifs algériens ne sont pas intéressés outre mesure par des recherches archéologiques auxquelles ils voudraient volontiers considérer comme une époque morte à tout jamais et en raison aussi de l’escamoter. Or, notre recherche, nous a fait aboutir à la découverte de larges pans de l’histoire de l’Amazighité, longtemps occultée, que nous ferons rétablir tout au long de cet ouvrage en s’appuyant, bien évidemment, sur les études archéologique, ethnologique, historique et mythologique.

Pour traiter le sujet des origines, nous allons devoir écarter toutes les traditions douteuses transmises par les auteurs militaires et voyageurs de toutes espèces durant bien des siècles de notre ère et les chroniqueurs arabes en particulier à l’exception d’Ibn-Khaldoun, car elles auraient allongé inutilement le récit ou nécessité des dissertations oiseuses, je n’ai retenu que les faits certains ou présentant les plus grands caractères de probabilité, pour éviter la spéculation subtile soit pour la geler ou la noyer totalement. Nous nous sommes attachés surtout à suivre, le plus exactement possible, le mouvement ethnographique à partir des travaux d’archéologie et linguistique qui a fait de la population de Tamazgha ce qu’elle est aujourd’hui. Pour attester de son origine, nous allons considérer en premier lieu les périodes antérieures de la préhistoire.

Périodes préhistoriques  :

Bien que nous n’ayons pas les connaissances requises pour développer ces périodes préhistoriques telles qu’elles étaient étudiées par les spécialistes, nous ferons tout de même un aperçu sur l’essentiel.

Au Péléolithique Inférieur (entre -300.000 et -100.000, à l’époque de l’Homo-Erectus et ensuite Homo Neandertalensis) : l’Acheulèen se caratérise par des bifaces perfectionnés faits en silex, en quartzite, en grés ou en calcaire, par des percuteurs, des racloirs mais aussi par des hachereaux (ce sont des objets typiques du Sahara et de l’Afrique du Nord). Le hachereau se termine en biseau formant un tranchant transversal retouché sur une face (il n’y a pas d’équivalence en Europe, ni en Asie). [1]

Au Paléolithique Supérieur (-40.000 /-20.000) : l’Atérien (découvertes de Bir-el-Ater en Algérie) est représenté par l’industrie sur éclats, les lames, les pointes de flèches pédonculées mais aussi d’autres objets souvent pédonculés tels que les racloirs, les burins, les perçoirs. A cette époque le climat du sahara occidental est humide. Le pays est parsemé de nombreux lacs. Les objets de cette période sont assez rares. [2]

A la fin du Paléolithique Supérieur et au début du Néolithique (-20.000/-10.000) : le Capsien (site mis en évidence en Tunisie : Gafsa ) (en Europe période du néolithique). Après une période plus froide vers -14.000/-13.000 le sahara se dépeuple. Intervient alors une période interglaciaire plus chaude avec des pluies sur le sahara ce qui explique une végétation abondante et donc une importante présence animale qui est favorable à la chasse. De cette période on trouve des aiguilles, des couteaux à dos courbe, des grattoirs mais aussi des parures faites avec des morceaux d’oeufs d’autruche. Période de l’Homo Sapiens. [3]

Pendant le Quaternaire les Hominidés du genre Homo se diversifient, s’épanouissent et disparaissent pour la plupart. Seule l’espèce à laquelle nous appartenons tous, Homo sapiens a survécu. Notre espèce se reconnaît depuis 100.000 ou 300.000 ans, peut-être plus encore, mais apparaît réellement il y a 40.000 ans environ. Différents types humains se reconnaissent dont celui de Cro-Magnon, caractérisé par une dysharmonie crânio-faciale marquée. Après 10.000 ans les types humains actuels se mettent en place.

Quand nous pensons qu’il y a trois cent mille ans, le premier représentant direct de notre espèce apparaît sur terre. Il va peu à peu remplacer tous les autres hominidés. Il va explorer la terre, atteindre tous les territoires de notre planète, puis se sédentariser, bien plus tard, et se lancer à la conquête du monde de l’imaginaire. Il découvre l’art, la magie et les mondes invisibles. La nature le met toujours au défi : cataclysmes, changements climatiques et géologiques. Plusieurs fois, il perd tout, mais il trouve toujours un moyen de survivre, de mieux comprendre notre planète et d’aller au-delà de ses limites. Son cerveau se développe et se ramifie jusqu’à des niveaux vertigineux. Cet homme sage, homo sapiens, devient un fabuleux penseur. Il fixe son espace, le délimite et invente la propriété, la famille, la défense du territoire, la vie conjugale, le travail, l’agriculture. Quand il se regroupe dans des villages, homo sapiens voit aussi apparaître un fléau invisible : le virus, la contamination, l’épidémie. Avec l’expansion démographique, il s’organise et crée des sociétés. Puis il se lance dans la domestication des animaux qui va renforcer son pouvoir sur les éléments. Il devient tellement puissant qu’il ne peut plus penser qu’il est issu de la nature. Il crée le divin pour expliquer sa genèse. Et ce divin va l’exalter et l’amener à immortaliser sa présence par des oeuvres magistrales, tombeaux, monuments dédiés aux dieux… Et il invente l’écriture, l’architecture, la médecine… Arrive aux siècles des lumières, il s’ouvre à la science, la technologie, l’industrie, la philosophie… Et il finit par croire à des hommes farfelus qui ont prétendu être les envoyés de Dieu !!!

Quelle est sa véritable histoire ? Comment les migrations se sont-elles produites ? Comment les continents se sont-ils peuplés ? Quelle est l’origine des multiples inventions faites par sapiens. Comment ces inventions se sont-elles propagées ? Bien sûr, nous ne sommes pas capables de traiter l’immensité du sujet à l’échelle mondiale, nous allons donc nous limiter, avec très peu de moyens, à l’Afrique du Nord.

Fouilles archéologiques

Il y a 7000 ans la Massylies (Algérie) les hommes étaient des Homo sapiens donc des ancêtres directs des Hommes modernes. A l’épipaléolithique nord-africain, issus d’un type atérien antérieur, 2 types humains dits « Mechtoïdes » se reconnaissent, l’Ibéromaurusien qui est composé en grande partie de sapiens à l’aspect « cromagnoïde », semblables à ceux d’Europe, au Nord de la Méditerranée, tel le crâne de Tazal et le Capsien, anthropologiquement différent et considéré comme Proto-Méditerranéen, ce sont par exemple les hommes de Medjez, ou de Faïd Souar [4] ou la découverte de statuettes en terre cuite datées entre 18 000 et 11 000 ans qui constituent les plus anciennes manifestations artistiques d’Afrique.

« La propension au savoir rationnel et universel est attestée en Afrique du Nord (Algérie), il y a 7000 ans, durant l’ère néolithique dite de tradition capsienne, bien avant l’apparition des civilisations de Sumer, de Akkad ou celle de l’Egypte. Le site de Faïd Souar II, situé à 70 km au sud-est de Constantine, a fourni en 1954 (Georges Laplace préhistorien) un crâne d’homo-sapiens – ancêtre direct de l’homme moderne – dont le maxillaire dévoilait une prothèse dentaire. Cette originalité préhistorique annonciatrice de l’orthodontie est la seule du genre connue à ce jour dans le monde. Ce crâne appartient à un sujet de sexe féminin, âgé entre 18 et 25 ans. La mâchoire a subi l’avulsion de quatre incisives, selon l’usage bien établi chez les hommes d’Afalou-bou-Rhummel. La deuxième prémolaire supérieure droite de la femme préhistorique de Faïd Souar a été remplacée par un élément dentaire fabriqué à partir de l’os d’une phalange qui a été finement taillé et lissé avant d’être réuni à l’alvéole. Ce qui lui donne l’apparence d’une couronne dentaire conforme aux dents voisines. Son ajustage est si parfait qu’il nous semble impossible que cette prothèse ait été exécutée, en bouche, du vivant du sujet. Mais ce n’est qu’une hypothèse », affirme le professeur H.V. Vallois qui a étudié en 1971 cet implant. La radiographie montre une grande proximité entre la paroi alvéolaire radiculaire du crâne et l’implant préhistorique. « Quelle précision dans ce travail pour ne pas faire éclater l’os ! », écrivent Jean Granat et Jean-Louis Heim du Musée de l’homme à Paris qui ajoutent : « Alors, les tentatives de greffes osseuses ou d’implantologie, réalisées par ce praticien d’alors, auraient 7000 ans !(…) ». [5]

La civilisation, le Capsien, [6] ancêtre des Berbères, a duré plus de 2000 ans. Elle est considérée comme préhistorique s’étendant de 9.000 à 6.500 ans. Elle n’atteint pas le littoral méditerranéen, reste à l’intérieur des terres sur un territoire limité à l’Est algérien et à une partie de la Tunisie. Elle durera jusqu’à l’apparition de l’âge du fer vers 2000 av. JC. Ils apparaissent dans le sud constantinois d’abord, avant de se répandre dans l’ensemble de l’Afrique du Nord, d’après nos sources, ils n’iront pas au-delà de l’Afrique du Nord pendant toute la période de la préhistoire et bien après encore. Les Capsiens qui habitaient des campements faits de huttes et de branchages s’installaient généralement sur des sites à proximité d’une rivière ou d’un col montagneux. À cette époque la plupart de l’Afrique du Nord ressemblait à une savane, comme en Afrique de l’Est aujourd’hui, avec des forêts méditerranéennes uniquement en haute altitude.

Les hommes d’alors avaient une culture élaborée et se servaient d’outils en pierre, en os, en bois qu’ils taillaient en leur donnant des formes appropriées. Cette industrie capsienne est de fort belle qualité : elle comporte, des grandes lames, des lamelles à dos, de nombreux burins, grattoirs, couteaux, perçoirs, mèches de forets, scalènes et des objets de petite taille, riche en microlithes géométriques (trapèzes, triangles ou autres). L’industrie osseuse est composée essentiellement de poinçons. Jusqu’à des découvertes toutes récentes à Afalou, ils étaient considérés comme les premiers artistes de l’Afrique du Nord : décors d’objets de parure et de coquilles d’œufs d’autruches, plaquettes gravées, pierres sculptées.

Les Caspiens furent les premiers à domestiquer les ovins, ils fabriquèrent divers objets, y compris des objets d’art décoratif et des bijoux, tels que des colliers à partir de coquillages marins et diverses peintures abstraites et figuratives. Ils se nourrissaient d’ovins et de bovins, ainsi que de produits agricoles, mais également d’escargots. En effet de vastes dépôts de coquilles vides d’escargots datant de l’époque capsienne furent retrouvés, notamment à Mechta Sidi El Arbi (anciennement Mechta Afalou) dans le département de Constantine.

Du point de vue anatomique les Capsiens étaient composés de 2 types raciaux : les Mechta Afala et les Proto-méditerranéens dont certains pensent qu’ils auraient émigré de l’est. La culture capsienne est reconnue par les historiens linguistes comme étant l’ancêtre moderne des langues berbères en Afrique du Nord, et la décoration de poterie capsienne est d’une grande ressemblance avec la décoration moderne de poterie Berbère.

Vers 3000 avant JC les Capsiens commencèrent à migrer au sud de l’Atlas tellien et s’installèrent au-delà de l’actuel Batna et progressivement jusqu’aux confins du Sahara qui se situe à l’époque plus au Nord, vers l’actuel Tamanrasset. Durant cette même période le Sahara s’est rapidement asséché, devenant un désert extrêmement aride, et resta ainsi jusqu’à ce jour.

L’Afrique du Nord n’ayant pas connu l’âge du bronze, à l’instar de toute l’Afrique, la civilisation Capsienne survivra jusqu’au début de l’âge de fer, avec l’apparition des fournaises vers 1500 avant JC. Les Capsiens ayant migré au Sahara laisseront derrière eux des peintures rupestres magnifiques comme celles du Tassili N’adjjer datant de la période -5000 à –1500 ou celles de la région d’El-Bayadh (anciennement Aguelmim (source d’eau), devenu Geryville et a fini patrimoine arabe El-Bayadh ! ») situé au sud-est d’Oran et témoignant du mode de vie, de la chasse, de l’agriculture et des rites capsiens, ainsi que de l’assèchement complet du Sahara qui commença à partir de –3000 et coïncida avec leur période.

L’aridité du désert qui a suivi cette civilisation a permis de conserver naturellement ces œuvres dans des musées à ciel ouvert et cela à travers plusieurs millénaires. Aujourd’hui le contraste entre la luxuriance de la faune peinte sur ces peintures et l’aridité actuelle du désert du Sahara renforce encore leur attrait historique et artistique.

Peu de choses sont connues de la religion des Capsiens. Toutefois, leurs pratiques funéraires suggèrent que ces derniers croyaient en une vie après la mort, de par la présence de monticules de pierres, de dolmens et de peintures figuratives. Pour comprendre cette civilisation lointaine, rapprochons-nous des Guanches des îles Canaries qui a recelé beaucoup de recherches et beaucoup de similitude bien ethnique des Berbères de l’Afrique du Nord se sont révélées grâce à leur isolement jusqu’à 1341, date de leur découverte. Les Guanches ont vécu sur un niveau très primitif, le plus souvent dans des grottes aménagées et sous des éperons rocheux véritables demeures, ils avaient une structure sociale très sophistiquée. C’est par eux que nous pouvons nous définir, nous qui n’étions pas restés isolés par tant de brassages, jusqu’à l’arrivée de l’islam, véritable barricade à toute émancipation, jusqu’à l’arrivée du colon français que l’on peut estimer comme un miracle.

A suivre

Zéralie


Notes

[1Granat J., 1990 – L’implantologie aurait-elle 7000 ans . In :L’Information Dent., Paris, n° 22 : 1959-1961.

[2Ibid.

[3Ibid.

[4Vallois H.V., 1971 – Le crâne-trophée capsien de Faïd Souar II Algérie. (Fouilles Laplace, 1954). L’Anthropologie, Masson, Paris, t. 75, n° 3-4 : 191-220 et n° 5-6 : 397-414.

[5Jean Granat – L’Implantologie aurait-elle 7000 ans. In : L’Information Dent., Paris, n°22 : 1959-1961., 1990 et Jean-Louis Heim, professeur à l’Institut de Paléonthologie Humaine et Laboratoire d’Anthropologie Biologique de Paris – Musée de l’Homme.

[6Ferembach D., 1986 – Homo sapiens en Afrique : des origines au néolithique. Ed C.N.R.S., Doin, Paris. Pp 245-280.

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