Visite au cimetière M’hamed ben abderrahmane Bou Qoubrine

Le saint que nous allons visiter est un saint d’assez fraîche date, puisqu’il mourut dans les dernières années du dix-huitième siècle, mais célèbre par ses vertus et son influence. Si M’hamed ben abderrahmane Bou Qoubrine

C’est aujourd’hui vendredi, jour férié pour les musulmans qui se rendent à la mosquée où l’on récite la khotba, et jour de liberté et de liesse pour leurs épouses qui prennent la clef des champs et vont se divertir sur des tombes. Nous ferons comme elles, et nous irons au cimetière arabe M’hamed ben abderrahmane Bou Qoubrine, situé à sept kilomètres, sur le bord de la mer, dans la direction d’Hussein-Dey. Aucun n’est plus fréquenté.

Des voitures publiques y conduisent de la place Bresson; elles sont invraisemblables des planches mal jointes sur des tréteaux articulés, peu ou pas de vitres et des rideaux malpropres. L’ensemble rappelle vaguement un omnibus. Le nom générique est corricolo; je ne parle pas des noms de baptême de chaque véhicule qui font rêver cela va de la Gazelle à la Rose du Sahara. La société est diverse. On y voit des dames élégantes et très distinguées, des Arabes silencieux, de gros nègres, pris de vin, la bouche barbouillée de lie et dont la tête bat l’enclume sur la poitrine en sueur. On part ainsi, au trot de chevaux étiques, dans un bruit de ferraille et un grésillement de vitres à donner des spasmes à un damné. Nous passons sous la porte de Constantine et devant les collines de Mustapha, où, dans un décor magnifique, au milieu d’arbres éternellement verts, des entrepreneurs intelligents ont bâti des villas délicieuses comme une ironie mordante aux constructeurs officiels qui ont pollué la ville arabe. Des eucalyptus, des bella-ombra bordent la route; mais la poussière blanche couvre tout d’une teinte uniforme et noie l’horizon dans une brume indécise.

[…] Sous prétexte de dévotions on de prières, les Mauresques se rendent en foule chaque vendredi. Elles arrivent de bonne heure, en voiture et accompagnées si elles sont riches, à pied ou en corricolo si elles sont pauvres. Le haïk de laine blanche leur enveloppe complètement les épaules et la tête, et le large pantalon bouffant leur donne l’aspect de kangourous ramassés sur eux-mêmes. Un vieux Maure, assisté d’un sergent de ville, garde l’entrée et veille à ce qu’aucun homme, musulman ou roumi, ne pénètre. Les femmes se répandent alors dans le cimetière comme des folles échappées, s’accroupissent un instant près des morts vénérés; puis les voiles se soulèvent, les langues se délient, et pendant quatre heures c’est un concert, un jacassement de perruches en goguettes.

Un auteur du XIXe siècle

 

1 Comment

  1. Dommage qu’il n’y a pas le truc « j’aime » qu’on retrouve sous les publications sur Facebook, …lolll, … sinon, bravo pour ce voyage dans le temps, Geneviève , … !!!

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