La volonté est une sorte de causalité des êtres vivants

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La faculté de désirer qui se règle sur des concepts, en tant que le principe qui la détermine à l’action est en elle-même et non point dans les objets, s’appelle la faculté de faire ou de ne pas faire à son gré. Liée à la conscience de la puissance que peut avoir son action de produire l’objet elle se nomme arbitre ; si cette conscience lui fait défaut, son acte n’est plus qu’un souhait. La faculté de désirer dont le principe intérieur de détermination, et par conséquent le choix même, réside dans la raison du sujet, se nomme volonté….

L’arbitre qui peut être déterminé par la raison pure s’appelle le libre arbitre. Celui qui ne pourrait être déterminé que par une inclination (un mobile sensible) serait un arbitre brutal… La liberté de l’arbitre est cette indépendance de ses déterminations par rapport aux mobiles sensibles ; c’est là le concept négatif de liberté. En voici le concept positif : on appelle liberté la faculté pour la raison pure d’être pratique par elle-même.

La volonté est une sorte de causalité des êtres vivants, en tant qu’ils sont raisonnables, et la liberté serait la propriété qu’aurait cette causalité de pouvoir agir indépendamment de causes étrangères qui la déterminent… La définition qui vient d’être donnée est négative, et par conséquent, pour en saisir l’essence, inféconde ; mais il en découle un concept positif de la liberté qui est d’autant plus riche et plus fécond. Comme le concept d’une causalité implique en lui celui de lois, d’après lesquelles quelque chose que nous nommons effet doit être posé par quelque autre chose qui est la cause, la liberté, bien qu’elle ne soit pas une propriété de la volonté se conformant à des lois de la nature, n’est pas cependant pour cela en dehors de toute loi ; au contraire elle doit être une causalité agissant selon des lois immuables, mais des lois d’une espèce particulière, car autrement une volonté libre serait un pur rien. La nécessité naturelle est, elle, une hétéronomie des causes efficientes ; car tout effet n’est alors possible que suivant cette loi, que quelque chose d’autre détermine la cause efficiente à la causalité. En quoi donc peut bien consister la liberté de la volonté, sinon dans une autonomie, c’est-à-dire dans la propriété qu’elle a d’être à elle-même sa loi ?

Emmanuel KANT

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