18 août 2017

Voyage en pays kabyle

Promenade à travers la Kabylie

Le jour, à son lever, nous trouve déjà en marche, nous continuons notre voyage en pays kabyle. Nous suivons la route qui continue à longer le contre-fort de Fort-National. A notre droite, tout au fond de la vallée, coule l’oued Aïssi.

Nous avons pris, hier soir, congé de M. Dabouche. Aujourd’hui, nous sommes seuls avec nos muletiers, et nous en sommes réduits à leur conversation. Par bonheur, ils parlent français; c’est une excellente occasion d’entrer avec des Kabyles en rapports plus intimes que nous n’avons pu le faire jusqu’à présent. Notre première impression sur leur compte n’a pas été des plus favorables; hier soir, ils nous ont réclamé un salaire plus élevé que celui qui avait été convenu au départ de Fort-National, et devant leur menace de retourner sur leurs pas avec leurs bêtes, il a bien fallu en passer par une partie de leurs exigences. Mais maintenant que les questions d’intérêt sont réglées à leur satisfaction, Si-Lounis et Ahmed sont charmants, pleins d’entrain et de gaieté. Si-Lounis n’est pas le premier venu, tout muletier qu’il est : il appartient à une des grandes familles du pays et il est oukil dans son village. Il est un peu mou de caractère et a l’air maladif. C’est un échantillon des Kabyles blonds, dont l’origine a donné lieu à un si grand nombre de suppositions. Il est nouveau marié et en pleine lune de miel, ce qui excite les plaisanteries de son camarade. Il se contente de répondre en énumérant toutes les qualités de sa femme.

« Vois-tu, me dit-il en manière de conclusion, je suis si content d’avoir une femme, que j’économise le plus que je puis pour avoir bientôt de quoi en acheter une seconde. »

C’est l’expression usuelle dont on se sert ici pour dire se marier, et elle n’est que la trop fidèle image du mariage tel qu’on le pratique. Ce contrat sacré n’est pas autre chose, en effet, qu’un marché débattu entre le père qui doit recevoir le prix de sa fille et le fiancé qui le payera, sans que jamais la jeune fille soit consultée. Elle n’a qu’à suivre l’époux qui lui est imposé, et dont elle deviendra la servante fidèle et dévouée.

Ahmed fait avec Si-Lounis le plus parfait contraste. Brun de teint, comme la généralité de ses compatriotes, c’est un solide et vigoureux gaillard. Il n’est pas riche, et ne possède pas encore les ressources nécessaires pour se marier; mais il ne désespère pas d’arriver, lui aussi, à force de travail. C’est un garçon intelligent, et qui, sans être jamais allé à aucune école, a appris à parler très-passablement le français.

E. Loffat, 1884

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